Auteur/autrice : mpelcat

  • J335 Le sauna, côté trempette et placote

    Été comme hiver les finlandais vont au sauna. Le sauna est un rituel très important et pas du tout anecdotique. Dans un immeuble, soit chaque appartement à son sauna, soit il y en a un collectif moyennant une dizaine d’euros par mois, dans notre cas il est au sous sol. Nous ne l’avons cependant jamais utilisé car on va au sauna au bord du lac pour faire trempette, à Tahmelan Uhvila sur le lac du Sud (Pyhäjärvi), au Kaupinojan sauna, ou à Rauhanieminen uimaranta sur le lac du Nord (Näsijärvi).

    Avanto à Rauhaniemmi

    Il y a en gros trois périodes, celle où le lac est entre 0 et 1°C sous la glace, ou en dessous de 5°C sans glace, celle où il est entre 5 et 15 (on va dire tiède), et celle où il est « chaud ». Quand il est froid on fait trempette en faisant iksh iksh iksh et en gardant les mains hors de l’eau. On ressort au bout de quelques secondes le corps tout rouge, ou on traîne un peu dans l’eau, mais si on traîne le froid fait vite mal aux chevilles (Oui oui aux chevilles, c’est comme ça). En ressortant le froid est tout de suite moins mordant, même par -20°C avec du vent. C’est le moment agréable ou le corps se détend et on peut attendre de longues minutes avant de retourner au chaud.

    Avanto à Kaupinoja

    Quand il fait tiède ça fait moins mal de traîner un peu dans l’eau et on peut nager un peu. Quand il fait 15°C on n’a plus envie de ressortir de l’eau, surtout avec la vue du lac et des arbres tout autour, les mouettes, les canards, le ciel et l’eau du moment, avec ou sans vagues, nuages et pluie. Souvent on n’a pas pied, à Tahmelan Uhvila on a pied, on voit ses pieds et le sable un peu boueux est doux.

    Le chemin vers le lac à Tahmela

    La plupart des saunas au bord du lac sont mixtes avec maillot de bain (les finlandais disent « English style ») mais certains sont séparés et l’on y va nu, et on remet son maillot pour se baigner dans le lac. Le sauna n’est pas du tout silencieux. On y vient souvent à deux ou trois pour papoter, et des discussions sont parfois lancées avec l’ensemble des finnophones de la salle. Même si l’on n’y comprend rien on peut deviner. Il doit y être question du sauna, de sa température, de son humidité. De l’avantage du sauna dans une yourte comme à Kaupinoja ou de l’avantage du feu de bois comme à Tahmela. De l’importance de la quantité de pierre ou de la vitesse à laquelle verser l’eau (löyly) dessus. De si on préfère y être assis, couché, ou accroupi tout en haut pour chauffer au maximum. Du fait que la place la plus chaude est celle à l’opposé du poêle. De la météo du lac. Sans doute aussi des préoccupations du quotidien, activités, réparations de la maison. Des fêtes à venir et des derniers voyages. Ce sont des discussions paisibles, respectueuses, sans polémiques ni sujets qui fâchent, racontées à demi voix, du fond de la gorge.

    Jurttasauna

  • J328 Nuutajärvi, le village du verre

    Nous sommes allés à Nuutajärvi, un village de 200 habitants sur la route de Turku. Une manufacture de verre importante y a existé de 1793 à 2014, et une activité remarquable est en train d’y pousser, liée à cet héritage.

    Enjoy the view sur Nuutajärjen lasikylä, traduction: Village du verre de Nuutajärvi

    Quand on arrive au village pour l’ouverture de la saison estivale, c’est presque désert. Il y a une dizaine de bâtiments de bois et de brique qui ont tous le charme de l’architecture nordique. Un hôtel, deux cafés, un lounas (restaurant pour déjeuner), des ateliers d’artistes, deux galeries, un hangar de démonstration de travail du verre et un musée sont rassemblés sur une surface relativement réduite.

    L’ancienne école
    L’hôtel de Nuutajärvi


    Les enfants ont rapidement trouvé un tas de terre à escalader, où ils ont déterrés des rebuts de verre. Ils étaient si heureux d’avoir trouvé des trésors colorés ! Pour éviter de finir aux urgences on a quand-même mis le holà à l’exploration (toujours autant rabats joie les parents).

    Le Prykäri Glass Museum, tout neuf, explique le travail du verre et l’histoire de la manufacture, de sa création par le maire Jacob Wilhelm Depont au déplacement de ses activités à Iittala, 200 ans plus tard. C’est d’ailleurs un ouvrier de la manufacture de Nuutajärvi, Peter Magnus Abrahamson, qui, ne ne parvenant pas à devenir chef d’atelier, a créé une verrerie à Iittala. Aujourd’hui, Iittala est connue dans le monde entier pour avoir produit notamment les vases Aalto.

    Objets non-identifiés de Valto Kokko

    Nuutajärvi avait commencé la production du verre à partir du sable de la région, avant d’importer de la silice de Belgique pour améliorer la qualité du verre. La silice pure, issue du sable, fond à 1700°C, à plus haute température que l’acier qui fond à 1500°C. Cela permet de l’utiliser en sidérurgie. Avec des additifs de type soude ou chaux, le point de fusion de la silice est abaissé, facilitant la production de verre et permettant de ne pas faire fondre le four.

    Des enfants ont envoyés des dessins, et des verriers les ont interprétés en verre, j’adore!

    La verrerie de Nuutajärvi est également liée au lancement des grands magasins Stockmann en 1858, l’équivalent, encore en activités, des Galeries Lafayette. Un magasin avait été créé à Helsinki pour vendre la production d’objets en verre du village, et a ensuite été racheté par le comptable de la verrerie, Heinrich Georg Franz Stockmann.

    Nous avons pique-niqué près d’une petite rivière où des gens passaient en paddle. On a croisé une installation assez incroyable, un lavoir à tapis, avec de grands bacs, étendoirs et une sorte de presse à essorer.

    Le lavoir

    La visite s’est poursuivie en entrant dans un atelier flambant neuf, où nous avons été chaleureusement accueillis par une artiste verrière qui nous dit qu’en France nous avons plein de verriers talentueux et un savoir-faire incroyable. Cet endroit vient juste d’ouvrir, le projet est de faire des démonstrations de travail du verre. C’est une initiative privée, avec un investissement de plusieurs millions.

    L’ouverture a pris un peu de retard, il n’y a pas encore de démonstration, mais elle nous emmène à côté des fours à 1200°C où la silice est en train de chauffer pour la première fois. Nous essayons fébrilement limiter le risque pour Solal et Achille qui voudraient bien gambader tranquillou près des briques réfractaires rougeoyantes (ou plutôt orangeoyantes) et constatons une fois de plus que l’on nous fait entièrement confiance et que la présence des enfants près des brouettes de silice ne choque personne.

    Maxime devant la pompe à incendie

    Notre hôte nous explique que le verre peut être refondu s’il n’est pas teinté. Le verre teinté ne peut être que recyclé en fibre de verre (ou finir en trésors dans des tas de terre, donc). Un amphithéâtre de 200 personnes attend ses premiers spectateurs quelques jours plus tard, et il ne sera alors plus possible de déambuler entre les fours.

    Les pivoines éclosent tout juste
    On a croisé le vilain petit canard

    Nous avons fini la journée au bord du lac, et en dépit du temps couvert et frais, nous avons fait une petite brasse dans l’eau fraîche entourée de forêts touffues. D’ailleurs, sans ces forêts pas de verreries, car une verrerie c’est comme un sauna, faut que ça chauffe!

  • J304 Every person’s right

    Quelques précisions sur le Työväenmuseo Werstas (Musée de la classe ouvrière) situé dans l’ancienne usine Finlayson. On y voit des histoires de luttes sociales et de succès industriels depuis le XIXème siècle. Bien que la Finlande soit un pays riche aujourd’hui, les héritages de conditions de vie difficiles dans un passé pas si lointain sont encore très visibles.

    Ça c’est au musée Serlachius, mais c’est pour l’illustration car on voit que, à part le chat, tout le monde caille dans cette bicoque de Gallen-Kalela

    Le musée raconte notamment la grande famine de 1866-68 qui tua 150.000 habitants du Grand duché de Finlande, soit 8% de la population. Elle fut causée par des mauvaises conditions climatiques sur presque une décennie, et à la pauvreté du Grand duché de Finlande sous administration russe l’empêchant d’importer des vivres. La pêche d’hiver à travers la glace et la cueillette en forêt sont des héritages de cette vie rude. La loi « every person’s right » donne encore à toutes et tous le droit de se promener dans toute forêt, publique ou privée, pour y chercher des baies, pour planter sa tente ou se baigner dans un lac.

    Le point noir à droite c’était deux pêcheurs dans la glace en mars, si si


    Tiens, c’est l’occasion de discuter d’un autre exemple de sisu. Ilma Lindgren était veuve depuis ses trente ans et mère de trois enfants. En 1914, allant chercher des airelles dans une forêt privée, Mme Lindgren se fait voler sa cueillette par le propriétaire du terrain où les baies ont été cueillies (ouh le vilain).

    Fleurs de myrtille

    Certaine de son bon droit, Mme Lindgren attaque le propriétaire en justice auprès de la cour du district, qui ne lui donne pas gain de cause. Mme Lindgren abandonne-t-elle? Que nonni, elle fait appel devant la cour de Vyborg, qui ne lui donne pas gain de cause non plus. Mme Lindgren abandonne-t-elle? Et bien toujours pas, sinon il n’y aurait pas d’histoire. Elle porte l’affaire au Sénat puis à la Cour suprême. Tout ça pour des baies, aurait-on pu ricaner à l’époque, la procédure ayant duré cinq ans. Certes mais grâce à la jurisprudence de l’affaire Lindgren dans laquelle la cour suprême a donné raison à la requérante, annulant tous les jugements antérieurs, la cueillette de baies en forêt sans autorisation du propriétaire foncier est encore aujourd’hui protégée par la loi finlandaise, alors qu’elle est interdite en France. On peut donc se promener tranquillou en cueillottant sans se poser de question, et tout ça grâce au Sisu d’Ilma.

  • J281 Le campus

    La fac de Hervanta, près de Tampere, c’est un peu le Beaulieu de Rennes mais en plus reculé du centre. Il faut 40 minutes de tram pour s’y rendre du centre de Tampere. Les 8 bâtiments principaux sont reliés par des passerelles bien pratiques trois mois de l’année pour aller en TP sans chausser ses raquettes. Ils ont des noms très parlants, très logiques, très finlandais quoi. Je suis dans le Tietotalo qui veut littéralement dire « le bâtiment de l’information ». Le bâtiment d’à côté est le Sähkötalo qui est le bâtiment de l’électricité. Ensuite le Rakennustalo est celui du BTP, et le Konetalo celui des machines. D’ailleurs le fabricant d’ascenseurs finlandais Kone s’appelle donc… machine (yen a deux qui suivent pas, au fond). Ensuite on a le Päärakennus qui est le bâtiment principal, le Kampusaarena qui est l’arène où on lâche les lions du campus et Festia dont je n’ai aucune idée de l’utilité, il va falloir que j’aille y jeter un œil.

    Le Kampusareena
    La passerelle entre T et S
    Le Kone de notre appartement à Rovaniemi, historique
  • J275 Le sourire

    « La Finlande, c’est un pays où tout le monde tire la tronche ». C’est ce que l’on peut légitimement se dire quand on commence à se promener dans les rues d’une ville Finlandaise, quand les habitants croisent votre regard sans lever un sourcil ou esquisser un sourire. Impensable en France de fixer même très temporairement un inconnu, ou non, de cette façon, ce serait pris pour un signe d’hostilité. Impossible également  en France de croiser une personne connue dans la rue sans lui souhaiter une bonne journée et lancer un rapide ça va dont la réponse à l’identique est imposée. En Finlande rien de tout cela n’est imposé et l’échange peut aller d’un chaleureux « huomenta » à une absence totale d’expression faciale, yeux dans les yeux.

    Tout cela est bien déroutant mais il y un corollaire fort intéressant à cette règle. En Finlande il n’y a pas de « tu pourrais dire bonjour quand même. » ni de « tu fais la tronche ou quoi? ». Un interlocuteur vous donnera systématiquement le bénéfice du doute quand à une hypothétique hostilité de votre part. Et ça, c’est franchement reposant.

  • J184 Salut Vero

    Depuis hier nous sommes un peu plus Finlandais. Par la règle dite des 183 Jours (365 n’étant pas divisible par 2), nous sommes maintenant redevables des impôts sur le revenu en Finlande. Le service s’appelle Vero pour les intimes,Verohallinto pour les autres, ça veut dire administration fiscale. De nouvelles tribulations administratives en perspective…

  • J141 La chasse aux aurores

    Depuis quelques mois maintenant on traque l’indice Kp. L’indice Kp indique l’activité des orages géomagnétiques. Il est calculé à partir des variations du champ magnétique terrestre (exprimées en nT), variations liées à l’activité solaire. Un gros indice Kp augmente la probabilité de voir des aurores boréales, à condition que le ciel soit dégagé, et que la nuit soit bien couchée (ça en général c’est pas le problème).

    En fait une aurore est créée par une éruption solaire plusieurs dizaines d’heures avant l’observation. Les vents solaires, composés d’électrons et de protons, mettent entre 1 jour (pour les particules les plus énergétiques) et 4 jours pour atteindre la Terre après un voyage de 150 millions de kilomètres, ce qui donne une vitesse entre 400 et 1500 km/s. En comparaison, la lumière du soleil nous arrive en 8 minutes seulement.

    Quand le vent solaire atteint la terre, il est dévié vers les pôles par le champ magnétique terrestre et crée ces rideaux lumineux dans le ciel quand électrons et protons frappent les atomes d’oxygène et d’azote de l’atmosphère. Les aurores sont des phénomènes locaux donc il faut être à l’affût. On n’a pas été chanceux jusqu’ici mais on reste à l’affût, des aurores ont été vues hier à Tampere.

    Là par exemple y’a pas d’aurore