Tous les jours après l’école, Achille joue aux fléchettes dans le jardin à côté.
Il y a des robots qui font des livraisons et qui attendent pour traverser la rue. En plus certains enfants parlent avec leurs parents à travers leur montre connectée.
Dans les parcs, il n’y a pas d’âge d’utilisation indiqué. Il y a un panneau qui donne pour consigne de ne pas aider un enfant à monter sur les jeux, car celui-ci y parviendra dès qu’il en aura la capacité.
Les conducteurs sont très respectueux du code de la route et s’arrêtent dès qu’un piéton ou qu’un vélo approche à 2 ou 3 mètres d’un passage piéton. Sans rire, alors que je pense être une conductrice prudente, j’ai vraiment eu l’impression d’être une chauffarde les premiers jours.
Au centre commercial, il y a un espace nurserie, pour les bébés et les jeunes enfant. C’est calme, on y trouve tout ce qu’il faut pour changer son bébé, pour réchauffer un plat et il y a des tentes pour allaiter.
Pour être tout à fait transparents, cette semaine a vu une phase baisse de moral se généraliser à l’ensemble de la troupe, pas longtemps, mais suffisamment pour le souligner.
Achille a connu sa première déconvenue à l’école avec une maîtresse qui l’a grondé en finnois car elle pensait qu’il faisait exprès de ne pas lui répondre. Ses deux maîtresses sont venues à son secours et il a reçu des excuses, mais il était tout bouleversé. Solal fait de grosses colères quant à lui, il ne comprend pas très bien où on va aller après le air bnb. Compliqué pour un petit de 4 ans de comprendre qu’on va habiter dans un autre appartement mais qu’on reviendra à Cesson, et qu’on fait nos sacs pour aller ce week-end au camping puis à l’hôtel en attendant de déménager…
Quant à nous, après avoir trouvé l’appartement et obtenu un rendez-vous à la banque on pensait être plutôt bien partis. Mais c’était sans compter la fameuse authentification forte nécessaire pour toutes les démarches d’assurance, de contrat d’électricité, de téléphone, d’accès à l’espace numerique de l’université, de gestion du planning de la paiväkoti de Solal, pour l’inscription au judo, acheter des meubles et des vélos d’occasion, etc.
Maxime s’est donc rendu à la banque. La banquière ouvre le compte mais lui dit que ce n’est pas possible de faire la démarche pour l’authentification, car il faut une carte d’identité finlandaise. Après avoir insisté et demandé aux supérieurs, finalement, c’est bon. Mais les papiers seront envoyés sous 2 semaines par courrier, à l’adresse du air bnb, qu’on quitte 3 jours après. Aucun moyen de les envoyer autre part, car c’est l’adresse déclarée qui fait foi. Le lendemain matin Maxime retourne au DVV pour changer l’adresse, il remplit consciencieusement un formulaire en finnois pour le changement d’adresse pour finalement se rendre compte qu’il existe également en anglais.
Ça avance, on aura donc notre authentification forte normalement d’ici 2 semaines. En attendant on ne peut ni assurer le logement, ni ouvrir de contrat d’électricité. Il faut faire avec.
Et puis dans les rues il n’y a pas de chats. On en a vu un seul en laisse et d’autres dans un bar à chats. Et ça mes amis, c’est terrible.
Samedi 9 août, c’était l’anniversaire de Moomin. Plus précisément, cela fait 80 ans que Tove Janssons a publié son premier livre racontant les aventures de Moomin le troll. Nous sommes allés aux festivités organisées pour l’occasion par le seul musée au monde qui présente le monde de Moomin et des dessins originaux: Muumimuseo. D’abord, une petite cérémonie avec une chorale d’enfants qui chante « Hy-vää syn-ty-mä-päi-vää Muumi ». La petite sculpture en bronze de Moomin est décorée d’une couronne de fleur. C’est émouvant d’être là.
Puis, en fond sonore de notre pique nique, l’orchestre philharmonique de Tampere a fait ses réglages pour le concert en plein air du soir. La glace avait un goût particulier face aux airs chantés par la soprano Anu Tomsi, chanteuse d’opéra finlandaise mondialement renommée. Ça hérisse le poil même si ça ne dure que quelques minutes!
Dans le hall du musée on est un peu perdu, mais on fini par trouver l’entrée. En réalité ce n’est pas si compliqué, mais c’est l’heure de la sieste que diable, et on charbonne depuis un mois pour être un minimum confortable ici.
La scénographie du musée est pensée pour les enfants, dans la pénombre avec un éclairage parfait, il y a des vitrines dans lesquelles sont représentées des scènes tirées des histoires avec des figurines. Il y a une reproduction du salon de la maison des Moomins, ainsi qu’une maquette géante et une comète faite de perles scintillantes.
De nombreux détails sont cachés un peu partout, il y a des livres géants et des personnages en dessin animé projeté qui apparaissent de temps à autre sur les murs. Les dessins originaux à l’encre pour certains, à la gouache pour d’autres, sont bien mis en valeur, c’est ce que j’ai préféré. Tove Janssons semble emprunter son graphisme à la gravure, ses dessins sont fins et vibrants de vie.
Un atelier est ouvert et permet aux enfants de faire du modelage en plastiline blanche. Solal coure partout, il y a aussi beaucoup d’écrans interactif pour accompagner les vitrines, trop je pense, il navigue de l’un à l’autre sans se soucier de ce qui se passe autour. Pas évident pour Maxime de le suivre. Achille quant à lui est émerveillé par tout ce qu’il voit.
La journée se poursuit par le dîner pris à l’heure finlandaise, soit à 16h. Puis par le concert philharmonique, mais il y a tant de monde que c’est difficile d’apprécier vraiment la musique et les enfants qui préfèreraient aller au parc prennent leur rôle de trouble fête très au sérieux. Bref on fini par rentrer sur le Boléro de Ravel avec Solal en colère qui hurle à Maxime « mais arrête papa » et Achille dégoûté qu’on ait coupé court à la soirée.
Vendredi, Maxime visite un autre appartement pour s’assurer un plan B, mais la signature du bail doit se faire l’après-midi pour déménager le 18. Je pourrais aussi raconter comment je me suis perdue dans le parking du Prisma et comment j’ai traîné mes sacs de course lourds comme un poney à chaque étage en croisant les doigts pour que ce soit celui où j’ai garé la voiture. Mais je ne le fais pas.
Nous allons récupérer Achille qui fini l’école à 13h15, puis moi et les enfants attendons la fin de la visite de l’autre appartement dans le parc de la friche artistique voisine de l’école. Les enfants montent dans une cabane, et si Solal en redescend sans problème, Achille lui, est paniqué. Je le dissuade de sauter, il fini par descendre par l’échelle, saute les derniers barreaux et se tord la cheville. Je me suis vue aller aux urgences. On ne pourra pas faire de rapport sur les urgences finlandaises aujourd’hui, il s’est relevé.
La journée se fini sur la victoire de la signature de l’appartement, et un gros coup de fatigue avec cette pression qui nous quitte.
En bons aventuriers, nous sommes partis en ayant réservé un air bnb pour 2 semaines, dans l’espoir de trouver un logement pour l’année sur place dans ce laps de temps. Avec le numéro national et l’inscription auprès de la ville, tous les feux sont au vert pour trouver un appartement. On intensifie les recherches sur Tori (le bon coin finlandais) dès mardi soir, en cherchant un appartement de préférence avec 2 chambres et proche des écoles.
Le site est exclusivement écrit en finnois, le traducteur automatique du navigateur est donc activé mais pas tout à fait performant. Ce n’est pas grave, finalement je m’y fait, repère certains mots clefs et fais une traduction de la traduction quand elle est loufoque.
Je trouve 3 apparts près de l’école, et Maxime se charge de contacter les agences. Sans authentification forte – sans compte en banque nous n’avons pas accès à l’équivalent du « France connect » finlandais – c’est difficile. Heureusement l’un des apparts est loué par un particulier, et le site est plus permissif. Après de nombreux essais d’authentification avec son passeport (essai 1 la photo est floue essai 2 enlevez vos lunettes essai 3 le site plante, etc.) Maxime décroche un rendez-vous pour visiter.
Le propriétaire nous jette les clefs du 6e étage, on monte, on découvre l’appartement. Les enfants s’installent dans le canapé et mettent leur casques en bons ados de presque 5 et 8 ans. L’appartement correspond en tous points à nos attentes, le monsieur nous propose même de nous laisser des meubles. Il y a même la clim, cela parait être un argument important, ce qui nous fait sourire étant donné les longs mois de froid qui sont censés venir. Il y a une buanderie, un sauna et un garage à vélos. Ça a l’air bien parti et on essaie de ne pas de réjouir tant que rien n’est signé.
Après ça, on a tenté d’aller se baigner dans un lac. C’était froid.
Mercredi, c’était la rentrée à 9h15. Achille est parti la fleur au fusil, sans sac, parce que ses pauvres parents déjà submergés de démarches n’ont pas su comment vérifier quelles seraient les affaires attendues. Bonne nouvelle, en Finlande, tout est fourni. Mais il faut quand même le sac pour transporter les cahiers pour les devoirs.
Nous sommes chaleureusement accueillis par le groupe des parents d’élèves de la classe, dont une des représentantes porte le même prénom que moi, ce qui a provoqué une situation déstabilisante lorsque j’ai tendu la main en disant: « Clémentine ». L’école est toute neuve, et accueille les élèves jusqu’au grade 2 pendant les travaux du bâtiment principal. Le quartier est très vert, on est au bord du lac, le soleil brille, les gens sont sympas: la situation est idyllique, on se sent chanceux d’être là.
Avant d’entrer dans la classe, il faut passer par le vestiaire pour retirer ses chaussures et, on imagine, toutes les couches de vêtements des journées humides et froides à venir. Les 13 élèves de la classe d’Achille suivent la maîtresse dans la classe. Chaque enfant a son pupitre, avec son matériel rangé à l’intérieur. Un grand tableau numérique annonce « Ter-ve-tu-lo-a Kou-luun » et « Bienvenue à l’école ». C’est parti pour une année scolaire en classe bilingue finnois-français !