J’avais envie d’emmener les enfants à Iittala pour voir la manufacture d’objets en verre. Il y a un balcon qui fait le tour d’un des ateliers de soufflage de verre d’où l’on peut observer le travail des verriers. Jusqu’à ce qu’on arrive en Finlande, je pensais qu’on disait Littala, le i majuscule ressemblant à un l minuscule. Maintenant je sais qu’on dit i-it-tala.
On y est donc allés tous les trois, le dernier jour de juin, parce qu’après, c’est fermé jusqu’en septembre.
Heureusement qu’on a visité le magasin d’usine dans lequel il y avait des outils et des moules à vases (ce n’est pas une blague) parce que tout enjoués qu’on était, eh bien l’usine était déjà fermée pour les vacances. Pas de bol (non ce n’est toujours pas une blague de vaisselle). Solal était profondément déçu, il s’est roulé par terre en pleurant, oh non mais mamaaaaaaan. C’était la deuxième fois qu’on pensait voir des souffleurs de verre, la première étant à Nuutajärvi il y a quelques semaines, où l’atelier n’était pas encore ouvert.
Avant le drameDes moulesUn vase dans un mouleDes vasesUn vase pas encore démouléUn truc d’estampage (je ne connais pas le nom précis, ma rigueur s’envole à mesure que la fin de ce blog approche)
On s’est promenés dans le village du verre composé de quelques boutiques et d’un musée d’art naïf, après moult tergiversations j’ai dépensé quelques sous en assiettes Moomin faites en Finlande (sur place?) et les enfants ont grimpé à un pin dont ils sont redescendus les mains tout à fait collantes de sève.
Un chat naïfAchille dans les achillées (subtil)
On a replié nos clics et nos clacs et on est allés se baigner dans un petit lac plus chaud que les géants qui bordent Tampere, au milieu des nénuphars, et c’était bien.
Je me suis arrêtée au milieu de la route pour prendre cette photo bancale d’une maison aux couleurs de la maison des Moomins.Un plus gros plouf (cf. A bigger splash de David Hockney)Une fleur de nénuphar sauvée de la noyade par Achille (ne grognez pas,elle était déjà coupée)
À un mois du retour en France, on a été tenté d’aller visiter Porvoo, ne serait-ce que pour avoir un titre accrocheur « dimanche par monts et Porvoo ». Sauf que Porvoo est à deux heures de route, alors on a eu la flemme, tout en se disant d’un air suffisant, que la ville ressemblerait sûrement aux autres. On a certainement tort. On verra ce que dit la flemme le week-end prochain.
Nous nous sommes repliés sur une bien belle option, à 15 minutes à pieds de chez nous: la visite du musée Sara Hilden, sur la rive du Näsijarvi. En y allant une grosse pluie nous a surpris, nous avons dû nous réfugier sous les arbres pour rester secs. Pour arriver au musée il faut traverser un petit bout du parc d’attraction Särkänniemi. On a mangé un pique nique sur un banc, avec d’un côté la vue sur le lac, et de l’autre la vue sur les gens qui crient dans le grand huit. C’était un spectacle impressionnant, face auquel Solal plein d’empathie, criait avec ces fous la tête en bas à 80 km/h.
Oui tout à fait, c’est une sculpture de masque à gaz derrière.
Plutôt que de payer l’entrée hors de prix au parc d’attraction on a pris un jus au café Sara, hyper calme malgré la rumeur des manèges en arrière-plan et les mouettes qui protègent leurs petits mouettons (pas sûre du terme, et la flemme de vérifier, c’est mignon comme ça).
La visite du musée était agréable, avec des enfants qui ont bien rigolé parce qu’il y avait des peintures de nez géants et des nénés. L’exposition présentait des peintures d’artistes finlandaises, les étoiles de la scène artistique contemporaine. Achille s’est offusqué qu’il n’y ait pas d’hommes, l’occasion d’une petite discussion un poil féministe. De belles découvertes, avec pour certaines des influences d’art naïf, de tapisserie, et des aquarelles sur le thème de la maternité qui ont interrogé les enfants et tiré un beurk à Achille.
Nous avons fini la journée dans le lac, aux pieds du musée. Il a fallu sauter à l’eau tant bien que mal, les rochers étaient glissants, ça permet de ne pas trop réfléchir à sa fraîcheur, mais une fois dedans, quelle joie. À quelques mètres des enfants sautent du toit d’un sauna flottant, une embarcation qu’on peut louer et déplacer n’importe où sur le lac.
En remontant la côte dans la petite forêt qui entoure le musée, on a ramassé quelques fraises des bois et cherché des trèfles à quatre feuilles. Puis on est rentrés, en passant par une nouvelle passerelle et en regardant les attractions.
Finalement, il n’est pas nécessaire d’aller loin pour compléter la collection de beaux souvenirs!
Sur la photo se cachent 3 escargots, une sauterelle et une araignée.
Il n’y a pas d’araignées dans les logements. Un Finlandais qui a fait un Erasmus à Grenoble nous a dit: imaginez moi en France qui découvre une araignée énorme!
Les bouteilles et les cannettes rapportent de l’argent si on les amène au point recyclage dans les magasins. C’est très fréquent d’en trouver dans la rue, les enfants (et plein d’autres personnes) les ramassent pour gagner des sous.
L’eau pétillante ici s’appelle « Vichy » même si elle ne vient pas de Vichy. Et bien sûr, on dit « Vichu ». Erratum, on dit « vicu » ou « vissu ».
Une chose qui nous a frappée en arrivant à Tampere et peut-être due au fait qu’on est au centre ville, c’est la quantité de coiffeurs au mètre carré.
Un mökki est une cabane à la campagne, souvent au bord du lac, généralement sans eau courante et parfois sans électricité. Beaucoup de Finlandais ont un mökki où ils passent les week-ends aux beaux jours. Erratum bis: mais il y a un sauna, au feu de bois!
Été comme hiver les finlandais vont au sauna. Le sauna est un rituel très important et pas du tout anecdotique. Dans un immeuble, soit chaque appartement à son sauna, soit il y en a un collectif moyennant une dizaine d’euros par mois, dans notre cas il est au sous sol. Nous ne l’avons cependant jamais utilisé car on va au sauna au bord du lac pour faire trempette, à Tahmelan Uhvila sur le lac du Sud (Pyhäjärvi), au Kaupinojan sauna, ou à Rauhanieminen uimaranta sur le lac du Nord (Näsijärvi).
Avanto à Rauhaniemmi
Il y a en gros trois périodes, celle où le lac est entre 0 et 1°C sous la glace, ou en dessous de 5°C sans glace, celle où il est entre 5 et 15 (on va dire tiède), et celle où il est « chaud ». Quand il est froid on fait trempette en faisant iksh iksh iksh et en gardant les mains hors de l’eau. On ressort au bout de quelques secondes le corps tout rouge, ou on traîne un peu dans l’eau, mais si on traîne le froid fait vite mal aux chevilles (Oui oui aux chevilles, c’est comme ça). En ressortant le froid est tout de suite moins mordant, même par -20°C avec du vent. C’est le moment agréable ou le corps se détend et on peut attendre de longues minutes avant de retourner au chaud.
Avanto à Kaupinoja
Quand il fait tiède ça fait moins mal de traîner un peu dans l’eau et on peut nager un peu. Quand il fait 15°C on n’a plus envie de ressortir de l’eau, surtout avec la vue du lac et des arbres tout autour, les mouettes, les canards, le ciel et l’eau du moment, avec ou sans vagues, nuages et pluie. Souvent on n’a pas pied, à Tahmelan Uhvila on a pied, on voit ses pieds et le sable un peu boueux est doux.
Le chemin vers le lac à Tahmela
La plupart des saunas au bord du lac sont mixtes avec maillot de bain (les finlandais disent « English style ») mais certains sont séparés et l’on y va nu, et on remet son maillot pour se baigner dans le lac. Le sauna n’est pas du tout silencieux. On y vient souvent à deux ou trois pour papoter, et des discussions sont parfois lancées avec l’ensemble des finnophones de la salle. Même si l’on n’y comprend rien on peut deviner. Il doit y être question du sauna, de sa température, de son humidité. De l’avantage du sauna dans une yourte comme à Kaupinoja ou de l’avantage du feu de bois comme à Tahmela. De l’importance de la quantité de pierre ou de la vitesse à laquelle verser l’eau (löyly) dessus. De si on préfère y être assis, couché, ou accroupi tout en haut pour chauffer au maximum. Du fait que la place la plus chaude est celle à l’opposé du poêle. De la météo du lac. Sans doute aussi des préoccupations du quotidien, activités, réparations de la maison. Des fêtes à venir et des derniers voyages. Ce sont des discussions paisibles, respectueuses, sans polémiques ni sujets qui fâchent, racontées à demi voix, du fond de la gorge.
En Finlande, le solstice d’été est fêté le samedi qui en est le plus proche, entre le 20 et le 26 juin, cette année ça tombait pile poil au bon moment, c’est aujourd’hui et en même temps que le solstice. On l’appelle « midsummer » en anglais, « midsømmar » en suédois et « juhannus » en finnois. Évidemment dit à la française, juhannus a beaucoup fait rire les enfants.
Le feu est préparé au milieu du port
La veille est un jour férié, c’est johannusyö, un réveillon pour fêter l’été. S’il n’y a pas de risques d’incendies, de grands feux sont allumés (« juhannuskokko ») à l’origine pour éloigner les démons et pour assurer une bonne récolte.
Le feu
C’est une fête traditionnelle, qui célèbre la lumière, l’été et le soleil de minuit. Autrefois la fête était païenne, on y faisait des rituels liés au mariage et à la fertilité. Il y avait par exemple le rituel des fleurs sous l’oreiller (kukat tyynyn alla) pour lequel une jeune fille ramassait 7 ou 9 fleurs différentes, qu’elle plaçait ensuite sous son oreiller. Elle rêverait ainsi de son futur fiancé. On a d’ailleurs croisé quelques jeunes femmes portant des couronnes de fleurs et habillées en blanc.
Il y a aussi la légende du « virvatuli » : en se promenant la nuit de la St Jean dans une forêt, on pourrait bien y voir des feux follets sous lesquels se trouvent un trésor.
De nos jours on fête juhannus en famille ou entre amis, on mange de bonnes choses, on va au sauna, on se baigne, bref, on profite de l’été. Le sauna de ce jour spécial est fait en journée pour être tout propre dedans et dehors en l’honneur du soleil. Il est même commun, en particulier à ce moment, de se fouetter avec des rameaux de bouleau aux propriétés anti-inflammatoires, anti boutons de moustiques et anti peaux mortes.
On a dérogé au sauna, il faisait un peu chaud (26°C, on helle! c’est la canicule!) Mais on est allés se baigner avec des copains et on est allés voir le feu dans le port. Ça sentait un peu l’essence, mais c’était quand même joli.
On avait promis aux enfants de veiller jusqu’à minuit pour se rendre compte qu’il faisait encore jour à cette heure là. C’était un chouette moment, et agrémenté de balançoire en pyjama, c’était encore plus fou!
C’est que si ça fait peur, de toute façon, je ne comprends pas, dit Solal.
Bon par contre, sans rire, depuis la fin du jardin d’enfants et la séquence émotion, Solal fait un paquet de petites phrases en finnois, c’est charmant. Heureusement que j’ai eu mon diplôme de finnois niveau A1 (oui oui, avec exams, 4 crédits ects et tout et tout), je peux comprendre ce qu’il me raconte. D’ailleurs, le deuxième inconvénient de ce cours intensif, c’est que maintenant, quand je vais à ma séance de sauna, je suis concentrée à fond pour comprendre ce que racontent les autres.
Il y a eu aussi le gros loupé du stage multisports en finnois, où Achille a pleuré en y arrivant parce qu’il ne comprenait rien et qu’il ne connaissait personne, je l’ai laissé quand même parce que j’avais cours. Mais j’ai vécu le fameux nœud au ventre des parents qui laissent un enfant en pleurs à la crèche ou ailleurs, ce qui ne m’était jamais vraiment arrivé. La semaine d’avant il avait réussi à suivre le stage de basket avec beaucoup de sisu (cherchez dans le blog si vous ne savez pas ce que c’est), alors comme l’ambiance multisport avait l’air trop difficile et que c’est quand même pour s’amuser à la base, Maxime a télétravaillé et Achille est resté avec lui.
La fin de l’avant-dernier jour
Donc je reviens à mes moutons du début, séquence émotion de la fin du jardin d’enfants, avec carte préparée par les enfants pour Solal, embrassades avec l’auxiliaire et sanglots de « je veeeeeeux revoooiiir mes copaiiiiins ». My god (nouvelle expression favorite), je ne l’avais pas vu venir… Je crois qu’une fin d’école/crèche ne m’a jamais autant émue que cette année entre l’école d’Achille et le jardin d’enfants de Solal. Tout le monde a été tellement bienveillant! Mais je crois que c’est le côté « adieux » qui rend la chose plus difficile à faire passer. Alors bon on se concentre sur tout ce qui va être chouette de retrouver en France, y compris la méga fuite dans le toit qu’il faut réparer avec une urgence plutôt pas mesurée.
Nous sommes allés à Nuutajärvi, un village de 200 habitants sur la route de Turku. Une manufacture de verre importante y a existé de 1793 à 2014, et une activité remarquable est en train d’y pousser, liée à cet héritage.
Enjoy the view sur Nuutajärjen lasikylä, traduction: Village du verre de Nuutajärvi
Quand on arrive au village pour l’ouverture de la saison estivale, c’est presque désert. Il y a une dizaine de bâtiments de bois et de brique qui ont tous le charme de l’architecture nordique. Un hôtel, deux cafés, un lounas (restaurant pour déjeuner), des ateliers d’artistes, deux galeries, un hangar de démonstration de travail du verre et un musée sont rassemblés sur une surface relativement réduite.
L’ancienne écoleL’hôtel de Nuutajärvi
Les enfants ont rapidement trouvé un tas de terre à escalader, où ils ont déterrés des rebuts de verre. Ils étaient si heureux d’avoir trouvé des trésors colorés ! Pour éviter de finir aux urgences on a quand-même mis le holà à l’exploration (toujours autant rabats joie les parents).
Le Prykäri Glass Museum, tout neuf, explique le travail du verre et l’histoire de la manufacture, de sa création par le maire Jacob Wilhelm Depont au déplacement de ses activités à Iittala, 200 ans plus tard. C’est d’ailleurs un ouvrier de la manufacture de Nuutajärvi, Peter Magnus Abrahamson, qui, ne ne parvenant pas à devenir chef d’atelier, a créé une verrerie à Iittala. Aujourd’hui, Iittala est connue dans le monde entier pour avoir produit notamment les vases Aalto.
Objets non-identifiés de Valto Kokko
Nuutajärvi avait commencé la production du verre à partir du sable de la région, avant d’importer de la silice de Belgique pour améliorer la qualité du verre. La silice pure, issue du sable, fond à 1700°C, à plus haute température que l’acier qui fond à 1500°C. Cela permet de l’utiliser en sidérurgie. Avec des additifs de type soude ou chaux, le point de fusion de la silice est abaissé, facilitant la production de verre et permettant de ne pas faire fondre le four.
Des enfants ont envoyés des dessins, et des verriers les ont interprétés en verre, j’adore!
La verrerie de Nuutajärvi est également liée au lancement des grands magasins Stockmann en 1858, l’équivalent, encore en activités, des Galeries Lafayette. Un magasin avait été créé à Helsinki pour vendre la production d’objets en verre du village, et a ensuite été racheté par le comptable de la verrerie, Heinrich Georg Franz Stockmann.
Nous avons pique-niqué près d’une petite rivière où des gens passaient en paddle. On a croisé une installation assez incroyable, un lavoir à tapis, avec de grands bacs, étendoirs et une sorte de presse à essorer.
Le lavoir
La visite s’est poursuivie en entrant dans un atelier flambant neuf, où nous avons été chaleureusement accueillis par une artiste verrière qui nous dit qu’en France nous avons plein de verriers talentueux et un savoir-faire incroyable. Cet endroit vient juste d’ouvrir, le projet est de faire des démonstrations de travail du verre. C’est une initiative privée, avec un investissement de plusieurs millions.
L’ouverture a pris un peu de retard, il n’y a pas encore de démonstration, mais elle nous emmène à côté des fours à 1200°C où la silice est en train de chauffer pour la première fois. Nous essayons fébrilement limiter le risque pour Solal et Achille qui voudraient bien gambader tranquillou près des briques réfractaires rougeoyantes (ou plutôt orangeoyantes) et constatons une fois de plus que l’on nous fait entièrement confiance et que la présence des enfants près des brouettes de silice ne choque personne.
Maxime devant la pompe à incendie
Notre hôte nous explique que le verre peut être refondu s’il n’est pas teinté. Le verre teinté ne peut être que recyclé en fibre de verre (ou finir en trésors dans des tas de terre, donc). Un amphithéâtre de 200 personnes attend ses premiers spectateurs quelques jours plus tard, et il ne sera alors plus possible de déambuler entre les fours.
Les pivoines éclosent tout justeOn a croisé le vilain petit canard
Nous avons fini la journée au bord du lac, et en dépit du temps couvert et frais, nous avons fait une petite brasse dans l’eau fraîche entourée de forêts touffues. D’ailleurs, sans ces forêts pas de verreries, car une verrerie c’est comme un sauna, faut que ça chauffe!