• J182 Les vêtements

    Une chose nous a étonnée quand on s’est promenés par -18°C, mais qui finalement est assez logique quand on y pense, c’est que nos sacs étaient gelés. Pas froids, non, gelés ! C’est-à-dire que quand on déroulait le sac pour l’ouvrir, le tissu faisait des petits craquements plaintifs. Ensuite j’ai voulu prendre des photos avec mon appareil photo argentique et l’obturateur est resté coincé parce qu’il était gelé aussi. Cela m’amène à vous parler chiffons : comment s’habille-t-on pour passer du bon temps dehors par température glaciale ?

    Je me suis longtemps demandé comment habiller Solal qui passe au moins deux heures par jour dehors, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il gèle ou qu’il vente. Il y a eu quelques loupés, malgré les recommandations du jardin d’enfants… En octobre Solal a eu froid aux pieds et on a acheté des chaussures Reima (marque Finlandaise !) qui tiennent jusqu’à -20°C et qui sont imperméables. Manque de bol, apparemment « imperméable » ne veut pas dire « insubmersible ». On a racheté des bottes fourrées qui tiennent les flaques et la boue, et gardé les autres pour le temps sec et la neige.

    Le casier de Solal

    Un autre jour, j’ai récupéré Solal habillé avec un manteau et une salopette imperméables du jardin d’enfant. Il faut savoir que j’ai acheté trois combinaisons : une salopette imperméable, une combinaison en softshell et une combinaison chaude. J’ai passé tellement de temps à chercher des combis adéquates, que j’étais un poil vexée. Mais les enfants pataugeant gaiement dans la boue, ils mettent deux couches de combis : une chaude et une fine imperméable.

    Les moufles fines imperméables, les bottes fourrées, la combinaison softshell et le harnais réflecteur
    La combinaison en laine, les moufles et la cagoule parmi le bazar de l’entrée

    En ce moment, Solal porte (en écrivant cette phrase j’ai l’impression d’être une blogueuse de mode de tenues pas tellement glamours) :

    – un sous pantalon en laine merinos (qui ne gratte pas, sinon bonjour l’angoisse le matin),

    – un pantalon souple par-dessus (un fuseau comme on disait dans les années 90),

    – un sous pull en coton (il pourrait être en laine aussi mais ça va bien comme ça),

    – un pull en laine ou une polaire,

    – des chaussettes et des surchaussettes en laine (la chaussette tricotée est un cadeau de Noël traditionnel en Finlande, et on en trouve des tas d’occasion, sans odeurs de pieds)

    – une combinaison en laine par-dessus le tout,

    – puis pour finir une combinaison chaude,

    – une cagoule en laine fine, un bonnet, des gants en polaire fine et des moufles, pour les accessoires.

    Et donc s’il pleut ou que la neige fait de la bouillasse, on ajoute une salopette imperméable. Et s’il fait vraiment très froid, plus froid encore que -18°C, on peut ajouter entre la combi en laine et la combi chaude, une combi en softshell. Je sens que je vous ai perdu.

    Ce qui est incroyable c’est que cet accoutrement laisse les enfants libres de leurs mouvements, ils n’ont même pas cette allure de bibendum engoncé dans sa doudoune, vous savez, quand on a l’impression qu’il ont les bras ouverts comme des ailes de pingouins alors qu’en réalité ils sont au repos le long du corps.

    Sachez qu’il existe également des slips en laine mérinos. Déjà que j’ai hésité avec le pantalon en laine de peur de devoir le laver trop souvent alors le slip n’en parlons pas. Achille est quand à lui habillé comme en France, il passe moins de temps dehors et il est plutôt (très) résistant au froid. Il a quand même la combinaison en laine sous la combinaison chaude mais il faut parfois lui rappeller de mettre un bonnet et des gants. Ceci dit, quand il oublie, il s’en rend vite compte.

    Avec Maxime on porte un sur-pantalon, comme un pantalon de ski mais sans les bretelles et moins épais, un sous-pull en laine, un pull en laine, une doudoune sans manches, un manteau en plumes, des chaussettes et sur-chaussettes en laine. Par contre, il faut savoir choisir ses priorités « en conscience » comme on dit aujourd’hui, car une fois je suis restée à papoter en regardant les enfants faire de la luge, c’était bien, mais au bout de deux heures sans bouger je ne sentais plus mes doigts de pieds.

  • J175 Kiitos, poika!

    Ma maîtrise du finnois avance, je sais demander « neljä riisipiirakat » et la vendeuse comprend que je veux quatre tartelettes au riz. Par contre quand j’ai dit « kiitos poika » pour dire « merci bonne journée » je savais déjà en passant la porte qu’elle n’avait pas dû comprendre pourquoi je lui disais « merci garçon ».

    Retour en images de ces derniers onze jours.

    D’abord le jour de la rentrée, Achille a trouvé dans son casier un mot d’une maîtresse, qui le remercie pour son courage et pour la joie qu’il apporte, et qui dit « nous sommes fiers de toi ». Il était très heureux !

    Après avoir résisté, le lac Näsijärvi a finalement gelé.

    Les jours rallongent, à 15h il fait encore jour.

    Les flocons sont parfaits et pour nous qui ne voyons la neige qu’une fois dans l’année à Rennes, c’est magique.

    Après l’école, les sports d’hiver.

    Promenade à Pyynikki au lever du soleil. La différence de température entre l’eau à 2°C et l’air à -17°C fait de la vapeur d’eau (enfin j’imagine, que les physiciens ne me jettent pas la pierre je n’ai pas vérifié cette information).

    Il fait froid. MAIS la voiture a démarré.

    Là c’était le week-end dernier quand j’ai embarqué tout le monde avec beaucoup d’enthousiasme dans la promenade que j’avais testé la veille. On a dû tirer les enfants pas hyper motivés puis certains ont eu faim alors qu’on était loin et qu’on avait que des amandes grillées. Heureusement on a trouvé un restau-sauna flottant (enfin en ce moment pas flottant) qui s’appelle Flou, et c’était plutôt pas mal du tout.

    Les flocons qui tombent lentement sont toujours aussi beaux. Sinon, Solal a fabriqué une mangeoire pour les oiseaux, le balcon est à nouveau the place to be.

    Luge et cours de hockey sur glace après l’école.

    Fin de semaine: est-ce qu’on peut rester là toute la vie ? (C’est parce qu’il n’y a pas d’araignées dans l’appartement, a dit Solal).

  • J164 Les glaçons sont dans le lac

    Nous voilà de retour après deux semaines en France à remplir nos batteries de famille et d’amis. On a eu l’impression de partir en voyage à l’étranger. Le voyage en avion a été mémorable, à l’aller et au retour. Les garçons ont été invités dans le cockpit de l’avion avant le départ et ont même eut un salut amical au micro par le pilote à la fin du vol. Une fois à sa place Solal s’est écrié joyeusement: « oh il y a même un bouton pour mettre de la musique ». Il faut savoir qu’il a une passion pour tous les boutons poussoir, qu’il teste sans hésitation. Ni une ni deux, le bouton « avec le bonhomme qui danse » est donc pressé. C’est le bouton pour appeler une hôtesse. Heureusement qu’il est trop chou.

    Au retour il y avait une tempête de neige à Amsterdam. Refoulés au contrôle sécurité, avec les sacs complètement deballés de leurs liquides et objets électroniques, nous avons ensuite du remonter la loooooongue file d’attente les joues rouges sous les regards compatissants (plus ou moins). Avion annulé, reclassement sur un vol direct le lendemain, hôtel à réserver pour le soir même, bus dans lequel on jongle avec nos trop nombreux pass navigo remplis de divers tickets inutilisables, train à changer pour faire Helsinki-Tampere. Les enfants déjà azimutés du retour en Finlande, alors qu’ils seraient bien rentrés à Cesson-Sévigné, n’y comprennent plus rien, et ne reçoivent plus du tout les ondes parentales. Finalement on a gagné une nuit de sommeil plus longue (l’arrivée était prévue à minuit à Helsinki), un plouf dans la piscine de l’hôtel (vous allez finir par penser qu’on a des goûts de luxe… Mais c’était l’hôtel le moins cher de la liste, je vous jure!) et une pizza. Achille a très vite validé l’annulation de l’avion.


    Le vol le lendemain a eu deux heures de retard, dû au brouillard trop épais à Nantes, beaucoup d’avions étaient encore soit très en retard, soit annulés à cause du vent à Amsterdam. C’était la fête de la grimace.
    Dans l’avion on s’est fait chouchouté comme tous les autres passagers avec un sandwich et un verre de coca, un coussin pour dormir (juste pour Solal, je vous dis pas la tête de son frère) et une galette bretonne. On a couru très vite et attrapé notre train pour Tampere, avec même un peu d’avance. Une contrôleuse offre un ticket aux enfants en leur disant les mots en français qu’elle connaît. Tervetuloa!

    Tout est blanc quand on arrive, on se dit que c’est chouette de revenir dans ces conditions. Le lendemain le soleil brille, la période d’automne pluvieuse et sombre est visiblement derrière nous. Suite en photos de ces deux derniers jours à savourer la neige, le soleil, les glissades en luge, la vapeur d’eau qui s’échappe du lac en train de geler et les premiers pas sur celui qui l’est déjà… Magnifique expérience que celle du froid sec à -16°C avec le son des blocs de glace  qui s’entrechoquent, portés par le courant.

    Un petit bain? Remarquez les crochets pour suspendre sa serviette à gauche. Ce n’est pas anecdotique, il y a vraiment des baigneurs (2 quand on est passés).

  • J141 La chasse aux aurores

    Depuis quelques mois maintenant on traque l’indice Kp. L’indice Kp indique l’activité des orages géomagnétiques. Il est calculé à partir des variations du champ magnétique terrestre (exprimées en nT), variations liées à l’activité solaire. Un gros indice Kp augmente la probabilité de voir des aurores boréales, à condition que le ciel soit dégagé, et que la nuit soit bien couchée (ça en général c’est pas le problème).

    En fait une aurore est créée par une éruption solaire plusieurs dizaines d’heures avant l’observation. Les vents solaires, composés d’électrons et de protons, mettent entre 1 jour (pour les particules les plus énergétiques) et 4 jours pour atteindre la Terre après un voyage de 150 millions de kilomètres, ce qui donne une vitesse entre 400 et 1500 km/s. En comparaison, la lumière du soleil nous arrive en 8 minutes seulement.

    Quand le vent solaire atteint la terre, il est dévié vers les pôles par le champ magnétique terrestre et crée ces rideaux lumineux dans le ciel quand électrons et protons frappent les atomes d’oxygène et d’azote de l’atmosphère. Les aurores sont des phénomènes locaux donc il faut être à l’affût. On n’a pas été chanceux jusqu’ici mais on reste à l’affût, des aurores ont été vues hier à Tampere.

    Là par exemple y’a pas d’aurore

  • J140 Soleil

    Hier, Maxime revient du travail en disant: d’après un collègue, c’est un mois historique! Il y a eu six minutes de soleil à Helsinki et zéro à Tampere depuis un mois! L’avantage c’est qu’on nous a tellement dit que la période allait être horrible d’un point de vue luminosité et météo que tout nous paraissait normal.

    Aujourd’hui, le 12, il a fait super beau, full time 5h30 de soleil avant qu’il ne se couche, autant dire qu’on a fait le plein pour les prochaines semaines.

    Le bord du lac commence timidement à geler
    La chasse aux aurores boréales (mais encore
    bredouille)
  • J134 La fête de l’indépendance

    Samedi dernier, le 6 décembre, on a décidé d’aller passer la journée à la plage d’Yyteri, réputée pour être LA plage de surf de Finlande. Ça doit être en été, parce que là, la mer était complètement plate.

    C’était aussi le jour de la fête de l’indépendance, alors on a voulu allumer les deux bougies de l’indépendance sur la plage. La tradition est de les placer derrière sa fenêtre le soir, en regardant le Président et sa femme serrer la main des 2000 invités à la « Itsenäisyyspäivän vastaanotto » (« Cérémonie du jour de l’indépendance ») tout en commentant les tenues avant de regarder « Tuntematon Sotilas » (Le soldat inconnu, 1955). Vue la difficulté qu’on a eu pour allumer nos bougies sous la pluie et le vent, on comprend que ce ne soit pas devenu une tradition.

    Un jouet de plage s’est d’ailleurs envolé dans la mer et a rapidement dérivé, je n’ai pas eu le temps d’enfiler mon maillot pour aller le récupérer. Oui, on avait emmené les maillots. Achille a bien été tenté d’y aller, mais à peine la double paire de chaussettes en laine retirée, le simple fait de poser les pieds sur le sable était si douloureux qu’il a abandonné l’idée. La soupe chaude du pique nique a été, pour une fois, bien accueillie par les enfants. Tout comme le chocolat chaud et la glace (qui devait paraître chaude par rapport à la température extérieure) qu’ils ont pris au centre des visiteurs de la plage à la fin de la promenade. J’exagère, il ne faisait pas si froid, la mer n’était même pas encore gelée.

    Sinon, il a plu toute la journée, je pense qu’on peut dire qu’on était trempés. Heureusement que nos vêtements sont imperméables de la tête aux pieds.

    La météo était donc relativement pourrie mais Pori ne l’était pas (hahaha), on a visité deux rues de nuit qui nous ont parues très jolies et le méga parc avec le bateau pirate, la structure Angry birds et des carillons de toutes les tailles qui étaient même accordés. En rentrant le soir, on a mis les bougies à la fenêtre et regardé le serrage de mains en commentant un peu les robes et les costumes. 🇫🇮🕯️🕯️🇫🇮

  • J132 Lapset Mukaan Töihin Päivä

    Le 21 novembre était le jour des enfants au travail (Lapset mukaan töihin päivä). Achille est donc venu à l’université avec moi (Maxime), à Hervanta, pour voir ce qu’est une journée de travail. Dans les faits on est loin d’une journée de travail normale car tout est fait pour rendre l’exercice ludique pour les enfants. À l’arrivée à l’université les enfants sont partout, circulant dans les couloirs avec leurs parents. Bizarrement il y a aussi plein d’étudiants qui dorment dans les couloirs sur des lits de fortune, ou codant affalés sur des fauteuils. Il y avait sans doute un marathon de code ou une game jam en cours. Le tout donne une ambiance un peu foutraque bien sympathique.

    Le show d’accueil

    A 9h, le doyen accueille les enfants et leurs parents. Il porte un sweat à capuche avec l’inscription « keep cool and let the University dean handle it » et nous attend dans un amphi avec deux laborantines en tenue. Après une longue intro en finnois où je reconnais poussivement yliopisto (fac), opetayat (profs) et opiskella (étudier), les intervenants distribuent des ballons de baudruche à l’auditoire et lui demandent de les gonfler. Tous les ballons sont ensuite lancés vers la scène et le doyen s’équipe de vêtements de protection, met son chapeau de docteur, chapeau dont je parlerai dans un prochain article, et passe des ballons de baudruche dans l’azote liquide. Ils se transforment en fines galettes gelées puis, en se réchauffant, reprennent leur forme originale sans exploser. L’effet Waou est excellent et l’auditoire est captivé. Le doyen verse alors de l’eau dans l’azote liquide, provoquant une nappe de nuage de vapeur qui se répand sur le sol.

    Après cet accueil de 30 minutes, une visite en finnois de la fac est organisée mais nous n’allons rien comprendre donc nous filons dans mon bureau avec Achille car j’ai deux visios à suivre. Achille programme une carte microbit de son côté, pour faire des motifs sur un petit écran (merci pour le conseil Olivier). Nous allons ensuite au Konetalo (bâtiment des machines) pour une démonstration de robots : une tête parlante basée sur chatgpt avec un visage changeant rétro-éclairé, un tronc d’humanoïde (technologie française), et un robot spot américain de la taille d’un gros chien, qu’Achille peut piloter un moment. Les démos sont clairement à l’état de l’art, ce qui les rend particulièrement attrayantes. Nous déjeunons à la cantine puis repartons après le déjeuner pour que cela ne soit pas trop long pour Achille. À la cantine, l’employée à la caisse a sa fille sur ses genoux. Achille garde depuis un très bon souvenir de cette journée et a dit à notre départ de la fac que c’était le plus beau jour de sa vie, ce qui est significatif même si Achille utilise assez souvent cette expression. Comme souvent en Finlande, cette journée nationale montre que les enfants sont considérés comme des citoyens à part entière, et même un peu plus que cela, avec leurs vies, leurs avis et leurs envies, et que les accueillir à grande échelle dans le milieu professionnel mérite largement une petite perte temporaire de productivité.

    Il a même eu un salmiakki