Nous sommes allés à Nuutajärvi, un village de 200 habitants sur la route de Turku. Une manufacture de verre importante y a existé de 1793 à 2014, et une activité remarquable est en train d’y pousser, liée à cet héritage.

Quand on arrive au village pour l’ouverture de la saison estivale, c’est presque désert. Il y a une dizaine de bâtiments de bois et de brique qui ont tous le charme de l’architecture nordique. Un hôtel, deux cafés, un lounas (restaurant pour déjeuner), des ateliers d’artistes, deux galeries, un hangar de démonstration de travail du verre et un musée sont rassemblés sur une surface relativement réduite.


Les enfants ont rapidement trouvé un tas de terre à escalader, où ils ont déterrés des rebuts de verre. Ils étaient si heureux d’avoir trouvé des trésors colorés ! Pour éviter de finir aux urgences on a quand-même mis le holà à l’exploration (toujours autant rabats joie les parents).

Le Prykäri Glass Museum, tout neuf, explique le travail du verre et l’histoire de la manufacture, de sa création par le maire Jacob Wilhelm Depont au déplacement de ses activités à Iittala, 200 ans plus tard. C’est d’ailleurs un ouvrier de la manufacture de Nuutajärvi, Peter Magnus Abrahamson, qui, ne ne parvenant pas à devenir chef d’atelier, a créé une verrerie à Iittala. Aujourd’hui, Iittala est connue dans le monde entier pour avoir produit notamment les vases Aalto.

Nuutajärvi avait commencé la production du verre à partir du sable de la région, avant d’importer de la silice de Belgique pour améliorer la qualité du verre. La silice pure, issue du sable, fond à 1700°C, à plus haute température que l’acier qui fond à 1500°C. Cela permet de l’utiliser en sidérurgie. Avec des additifs de type soude ou chaux, le point de fusion de la silice est abaissé, facilitant la production de verre et permettant de ne pas faire fondre le four.

La verrerie de Nuutajärvi est également liée au lancement des grands magasins Stockmann en 1858, l’équivalent, encore en activités, des Galeries Lafayette. Un magasin avait été créé à Helsinki pour vendre la production d’objets en verre du village, et a ensuite été racheté par le comptable de la verrerie, Heinrich Georg Franz Stockmann.

Nous avons pique-niqué près d’une petite rivière où des gens passaient en paddle. On a croisé une installation assez incroyable, un lavoir à tapis, avec de grands bacs, étendoirs et une sorte de presse à essorer.

La visite s’est poursuivie en entrant dans un atelier flambant neuf, où nous avons été chaleureusement accueillis par une artiste verrière qui nous dit qu’en France nous avons plein de verriers talentueux et un savoir-faire incroyable. Cet endroit vient juste d’ouvrir, le projet est de faire des démonstrations de travail du verre. C’est une initiative privée, avec un investissement de plusieurs millions.


L’ouverture a pris un peu de retard, il n’y a pas encore de démonstration, mais elle nous emmène à côté des fours à 1200°C où la silice est en train de chauffer pour la première fois. Nous essayons fébrilement limiter le risque pour Solal et Achille qui voudraient bien gambader tranquillou près des briques réfractaires rougeoyantes (ou plutôt orangeoyantes) et constatons une fois de plus que l’on nous fait entièrement confiance et que la présence des enfants près des brouettes de silice ne choque personne.

Notre hôte nous explique que le verre peut être refondu s’il n’est pas teinté. Le verre teinté ne peut être que recyclé en fibre de verre (ou finir en trésors dans des tas de terre, donc). Un amphithéâtre de 200 personnes attend ses premiers spectateurs quelques jours plus tard, et il ne sera alors plus possible de déambuler entre les fours.


Nous avons fini la journée au bord du lac, et en dépit du temps couvert et frais, nous avons fait une petite brasse dans l’eau fraîche entourée de forêts touffues. D’ailleurs, sans ces forêts pas de verreries, car une verrerie c’est comme un sauna, faut que ça chauffe!

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