Dans les cours d’immeuble il y a de drôles de structures métalliques. C’est pour suspendre et taper les tapis. Au lavomatique il y a même des machines spéciales pour laver et sécher les tapis.
il faisait -28°C (en février)
La vapeur chaude qui monte du poêle après qu’on ait versé de l’eau sur les pierres du sauna porte le nom de « Löyly » (prononcer lo-u-lu)
Le bain dans le lac à 4°C
À la piscine il y a un bain froid à 7°C. Ce bain est très utilisé, de la trempette rapide à la longue de plusieurs minutes (12 minutes pour une dame, mon idole!).
Depuis qu’il fait un peu plus de 0°C, les kiosques à glaces (« jäätelökioski ») ont commencé à ouvrir. C’est fréquent de croiser des passants qui mangent une glace dans la rue.
En février, les lycéens se déguisent et paradent dans des camions bennes en lançant des bonbons, pour fêter la fin du lycée.
Un jour sur un réseau social j’ai vu des photos d’une place de Tampere avec des cerisiers du Japon en fleurs, avec en légende quelque chose comme « elles sont là ! ».
Je me suis dit, tiens je n’avais pas remarqué qu’il y avait tant d’arbres sur cette place, mais soit, je n’ai peut-être pas bien vu. Alors un matin j’ai pris mon vélo et je suis allée voir. En fait, c’était un effet de cadrage, il y a six arbres.
Ce sont des stars en ce moment, quand j’y suis allée à 8h30 après avoir amené Solal à l’école, il y avait plusieurs personnes en train de photographier la floraison. Le lendemain, on est repassés dessous avec Achille en allant au basket, et il y avait encore plein de personnes qui s’arrêtaient pour les photographier ou qui étaient venues exprès.
Ça c’est nous dans l’ascenseur avant le basketC’est vrai que c’est sympa pour les photos (le manteau cracra un peu moins)
Rien à voir, mais sinon les lièvres sont à nouveau de sortie, c’est toujours étonnant d’en croiser un de la taille d’un petit chien.
Enfin samedi à Rauma, mais c’était pour la blague, Étienne Daho a chanté « Week-end à Rome » à fond dans la voiture sur trajet. Pas tout le trajet qui dure 2h quand même, le reste du temps on a écouté les épisodes de Tintin par la comédie Française sur France culture, un régal pour conduire longtemps.
Rauma est une petite ville en bord de mer. D’ailleurs, j’avais évoqué la Baltique gelée sur la route de la Laponie, mais de ce côté là c’est plutôt la mer de Botnie, c’est la Baltique mais dans le golfe de Botnie. Étonnamment il y a moins de mouettes qu’à Tampere en ce moment.
Le vieux Rauma est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, pour ses petites maisons en bois colorées dont les fenêtres sont entourées de reliefs découpés, représentatives de l’architecture du XVIIe et XVIIIe siècle. Rauma est connue aussi pour sa dentelle. Nous nous sommes contentés d’une promenade dans la ville, car en ce premier week-end de mai, les musées étaient fermés.
Une pompe à eau qui ne parait plus en service est érigée sur une petite place. Les enfants se sont amusés à actionner le bras de la pompe, le bruit a résonné sur la place, on a fait chhhhhhhhhut et on a continué notre balade. Les enfants ont particulièrement aimé le bord du ruisseau qui passe derrière Pyhän Ristin kirkko (l’église de la Sainte Croix). Le soleil était écrasant bien qu’il ne fasse pas très chaud, et les rues bordées des bâtiments bas ont rappelé à Maxime les rues de Trinidad à Cuba. À moi la ville m’a fait penser à un décor de cinéma, de western précisément.
Les enfants ont joué dans les ruines de l’église Sainte Croix, puis nous sommes allés au bord de la mer, sur le port. Le petit bain dans la mer était revigorant pour tout le monde sauf Solal qui s’est contenté de profiter des rochers en maillot de bain. On a indéniablement acquis une résistance au froid cette année, et peut-être un peu de sisu aussi, qui sait.
Le mot sisu est un mot intraductible dans une autre langue que le finnois, car il désigne une manière d’être qui fait partie de la culture Finlandaise. C’est un mélange de détermination, de courage, de ténacité face aux épreuves que nous avons à surmonter. Par exemple, en ce moment, Maxime fait des exercices de statistiques le soir, et ça lui demande une certaine dose de courage et de persévérance qu’on pourrait je pense qualifier de sisu, sachant qu’il pourrait aussi aller se coucher ou se distraire autrement. Aller se baigner dans la mer froide ou faire trempette dans un avanto en plein hiver comme on a pu le faire (le trou dans la glace), est un excellent moyen de travailler son sisu.
Cherchez Peter Pan qui va plonger
C’est différent de la résilience, qui intervient après un événement traumatique ou difficile. C’est la capacité à affronter les difficultés qu’on peut rencontrer, plus ou moins graves. Il est aussi possible d’avoir un excès de sisu, dans ce cas c’est une incapacité à lâcher-prise, à passer à la suite. Katja Pantzar, une journaliste Finlandaise, a écrit plusieurs livres sur le sujet, et elle écrit que les Finlandais sont particulièrement efficaces et créatifs quand ils sont dos au mur. Sur ce, je vous laisse méditer sur votre sisu*.
*Sisu: selon la définition de Maxime, le sisu, qui se prononce sissou, c’est un Finlandais (on peut l’appeler Lasse Virén) qui court un 10000 mètres, il tombe au 12ème tour, se relève, gagne la médaille d’or, bat le record du monde tout ça sans un sourire, dit nonni, va au sauna, et retourne s’entraîner.
Aujourd’hui c’était « vappu », la fête du travail. La ville était en fête depuis la veille, les rues envahies par des groupes d’étudiants habillés de leurs combinaisons recouvertes d’écussons, et coiffés de leurs casquettes blanches s’ils étaient déjà diplômés. Tous ceux qui ont fini leur parcours d’études supérieures à l’Université, ressortent leur casquette pour cette occasion, ça donne l’impression qu’un groupe de capitaines de bateaux a débarqué.
Dans Hämeenkatu, l’avenue principale de la ville, il y avait un marché plein de châteaux gonflables et de vendeurs de merdouilles, de bonbons, de saucisses, de muikku frits (petits poissons d’eau douce), de salade de patates, et de ballons de toutes formes gonflés à l’hélium que les enfants se sont amusés à repérer dans le ciel quand l’un eux s’envolait.
On est allés voir la tradition qui a cours depuis 60 ans à Tampere, de tremper les nouveaux ingénieurs dans la rivière. D’abord ils paradent dans la ville en chantant et scandant des trucs -j’ai compris teekkari « étudiant en ingénierie » et kuusi seitseman « 67 »- puis ils montent par petits groupes dans une nacelle, sorte de panier à salade suspendu à un câble porté par une grue. La grue les descend dans l’eau, tandis qu’ils agitent des bouteilles de vin pétillant qui vaporise tout ce joyeux petit monde. Ça dure l’après-midi le temps qu’ils y passent tous. Ils ont eu de la chance, il faisait 18°C et grand soleil.
AvantPlouf
À ce propos Maxime a appris le terme finnois qui désigne le retour de l’hiver au coeur du printemps : takatalvi. Joli, non? C’est l’inverse de l’été indien en fin de compte.
À part ça on a eu une autre expérience aujourd’hui, ça m’a épuisée, alors que je n’ai rien géré du tout à part les enfants, ce qui reconnaissons le, demande une certaine dose d’énergie. Un enfant a fermé la porte de la salle d’eau, comprenant les toilettes. Manque de bol, le verrou était activé, c’est mal fichu ce truc, la porte était donc fermée de l’intérieur. On ne savait pas que c’était possible alors ils l’ont fait. Nous voilà à chercher de si bon matin comment déverrouiller la porte, sachant que c’est un vieux système d’ici, allez interroger l’Internet en lui expliquant que la poignée (la clanche pour les Normands) est relevée de l’autre côté de la porte pour la verrouiller, eh bien il ne sait pas quoi répondre. Ah ah! Ça t’en bouche un coin Le chat hein (remplacez par n’importe quelle IA)!
Bref on n’a pas trouvé alors on a essayé de démonter le bouzin. Moi après avoir démonté la poignée et essayé de passer ma carte de fidélité de la boulangerie de Cesson, j’ai laissé le bébé à Maxime et je suis partie au parc avec les enfants.
Efficacité à la Finlandaise : trois heures après, deux pros étaient passés et la porte était ouverte. Je ne dis pas que ce n’est pas possible en France, mais on a quand même ramé pour trouver un couvreur disponible pour réparer la fuite dans le toit, ensuite il a fallu attendre un mois avant un rendez-vous foireux à base de silicone tout moche qui n’a rien réparé du tout, puis deux semaines avant un deuxième qui n’a toujours pas réglé le problème. On rêverait de trouver aussi rapidement un réparateur sérieux. Enfin les enfants étaient ravis de faire pipi comme des conducteurs de camion. Papa on voudrait faire pipi, fais dans la bouteille, fais dans la bouteille! (Cliquez sur le lien si vous ne connaissez pas la chanson, elle est utile pour la route des vacances).
Hépatique à trois lobes (pour finir sur une note plus bucolique)
Oui je sais, la météo est le sujet numéro 1 de ces derniers articles, mais avouez qu’il y a de quoi être déconcertés. Il fait 27 degrés en Bretagne, quand nous en sommes à la tempête de neige à Tampere. C’est normal, l’inverse serait inquiétant pour les gens d’ici, remarquez, ça secouerait peut-être un peu le cocotier (de la panique) du réchauffement climatique qui semble avoir lieu sur tout le reste de la planète mais pas ici. Je suis mauvaise langue (mais pas tout à fait), j’ai cru entendre que l’Université de Tampere embauchait des chercheurs sur la soutenabilité. Mais Maxime en parlera mieux que moi. À part ça, il fait jour de plus en plus tôt, le soleil se lève à 5h30 et se couche à 21h21 (grosso modo). Il y a quelque chose d’étrange: aucune habitation n’a de volets parfaitement occultants. On a des stores intérieurs blancs et translucides. C’est une torture. Malgré le rideau opaque la lumière passe quand même. Je n’ai pas hâte de voir l’effet du jour à 3h du mat’ sur le sommeil des enfants.
Tout ça pour dire qu’on y croyait mais que le printemps Finlandais n’a définitivement rien à voir avec le doux printemps Breton. Je pense que vous avez compris celui qu’on préfère, même s’il me donne de plus en plus de sueurs froides chaque année, étant donné les températures qui nous grilleront bientôt comme des saucisses sur un feu de camp Finlandais (je m’égare, pardon). En tout cas, ici on ne risque pas de se découvrir d’un fil.
Photo du 25 avril sans trucages
Allez maintenant je vous raconte des trucs intéressants. Le week-end dernier, on est allés à Heureka. Nous on dit Eureka, mais en finnois il faut dire hheoureka sinon on ne comprend pas. C’est un musée des sciences, un peu comme la Cité des sciences à Paris ou le Laboratoire de Merlin à Rennes sauf qu’il n’y a pas de limite de temps pour déambuler dans les expos. Il y avait trois expos de fermées, mais heureusement parce que la journée a tout juste suffi à profiter des expos restantes. Et franchement, c’était génial, mis à part les enfants en mode jamais contents, mais que voulez-vous ce sont des enfants et nous sommes des adultes impatients (je ne développerai pas le sujet au risque de me fâcher tout rouge) (j’exagère un peu, c’est pour me faire plaindre) (je fais beaucoup de parenthèses aujourd’hui, rien à faire, nonni).
C’était encore le printemps ce jour là
On a commencé par la partie IA, c’était très rigolo et surtout très bizarre de se retrouver avec la tête de Jim Carrey.
Après on a fabriqué des voitures en bois, et en ajoutant des lests on a remarqué qu’elles allaient de plus en plus vite grâce au poids. Enfin ça c’est moi qui l’ai conclu après avoir fait rouler ma voiture sur la rampe et que Solal était déjà monté en haut de la structure à côté.
On a fait une expérience avec des produits chimiques, Maxime et Achille se sont trompés dans l’ordre à suivre, mais c’était pas grave.
On a fait voler des oiseaux en gobelets en carton, construit une cabane en rondins coussins, joué à la roulette russe électrique et reçu une décharge dans le doigt (aïe).
Il y a eu aussi le dessin animé dans le planétarium où les enfants étaient subjugués d’avoir l’impression d’être dans le film, les expériences du savant fou, les rats qui jouent au basket, le simulateur de marche sur la lune, de sortie extravéhiculaire dans l’espace et d’expédition sur Mars, le destructeur d’astéroïdes, les reproductions de mastodontes préhistoriques animés, et encore bien d’autres choses. Comment ça les enfants étaient sur-stimulés?
On a fini cette journée avec une conférence de 15 minutes en finnois, avec quatre autres personnes dont deux enfants, à laquelle on a hoché la tête d’un air inspiré parce qu’on a compris deux mots. Heureusement les enfants ont préféré faire des tours en cubes, on les a retrouvés hypers concentrés sur leurs constructions, et on est partis avec des cœurs dans les yeux tellement on était fiers d’eux. Bon d’accord j’ai quand même râlé parce qu’ils m’ont demandé un chewing-gum douze fois sur le retour. Nonni.
On dirait bien qu’on est tiré de l’hiver, voilà maintenant une semaine que le soleil chauffe. Les jonquilles sont dans les jardinières, les feuilles des tulipes émergent, le feuillage des buissons éclot. On nous a prévenu, jusque fin mai, il peut encore faire froid et geler fort. L’arrivée du printemps nous a fait quitter les doudounes, je n’ai plus qu’une paire de chaussettes aux pieds et j’ai rangé les bottes fourrées.
Il y a quelques semaines, Achille a eu un rendez-vous chez le dentiste. À vrai dire on n’avait pas vraiment prévu d’aller tester les consultations médicales, repoussant l’échéance au retour en France tant qu’il n’y avait pas d’urgence. Mais on a reçu un courrier avec une invitation pour le check up annuel, je me suis dit qu’on recevrait peut-être une invitation à une consultation pour les mauvais parents si on refusait (je me sens obligée de préciser que ça n’existe pas mais vous vous en doutiez). Ça fera une nouvelle expérience, on va voir ce que ça donne avec la sécu.
Le jour dit on y est allé tous les deux avec Maxime, j’ai le trac de dire des bêtises en anglais, et puisque j’ai confirmé le rendez-vous en m’arrachant les cheveux pour l’inscription à Omapirha (un genre de doctolib public), c’était plus juste de partager la tâche. Finalement j’ai répondu sans bafouiller aux questions de la dentiste, pas comme le jour où je suis allée manger toute seule un lunch et où je ne sais pas, je n’avais pas trop les yeux en face des trous, tout ce qui est sorti c’est « just to hit ». Un h se mettait systématiquement dans ma bouche pour prononcer eat (ce qui déjà était une formulation maladroite, on est d’accord). Je vous laisse imaginer la tête de la vendeuse, qui ne devait pas bien comprendre pourquoi je voulais « juste cogner ».
Les pastilles de xylitol
La dentiste était au rez-de-chaussée, soit au niveau 1 et non 0. Déjà on attendait au niveau 2 en pensant que c’était le 1. La consultation s’est passée globalement comme une consultation en France, Achille a eu une petite pâte pour combler les interstices et la recommandation de croquer des pastilles de xylitol après chaque repas. Solal en a de distribué au jardin d’enfants. C’est un extrait de d’écorce de bouleau qui tue les méchantes bébêtes responsables des caries, c’est un antibactérien. Achille nous en avait demandé parce que tous les enfants à l’école en avait, jusqu’ici on avait refusé (les mauvais parents) parce qu’il y a aussi des additifs dans la plupart. J’en ai trouvé un sans E36012, depuis il en croque allègrement après le déjeuner à l’école.
Certains jours, le drapeau finlandais est hissé sur un mât devant les bâtiments, dans les jardins et les cours d’immeubles pour commémorer l’anniversaire d’une personnalité importante, une date clef dans l’histoire du pays, une fête… Ce sont les « jours à drapeau ».
À Pâques il y a une tradition selon laquelle les enfants se déguisent, et vont échanger des rameaux de bourgeons qu’ils ont décorés contre des bonbons. Cela amène la chance et le bonheur dans les maisons.
Avanto, c’est le nom du trou dans la glace qu’on fait par exemple pour aller se baigner (avec ou sans sauna!), là il est sous la trappe en bois, c’est pour éviter qu’il se referme.
La vitamine D existe sous forme de pastilles qui ressemblent à des bonbons.
La lecture de l’heure est particulière, par exemple pour 8h30, on ne dit pas » 8 heures et demi » mais « 9 heures moins la demie ». Ça demande une certaine gymnastique à Achille pour les exercices de maths où il doit lire l’heure.