À quelques jours de partir, je tâche de mettre la Finlande en bocaux. C’est peine perdue certes, mais au moins, on partira avec quelques confitures de myrtilles, cueillies en compagnie des moustiques et de ce silence magnifique de la forêt.






À quelques jours de partir, je tâche de mettre la Finlande en bocaux. C’est peine perdue certes, mais au moins, on partira avec quelques confitures de myrtilles, cueillies en compagnie des moustiques et de ce silence magnifique de la forêt.






Nous avons reçu la visite de Marion, Étienne, Jeanne et Alice pendant un peu plus d’une semaine, quel bonheur de partager ces endroits qu’on a aimé avec nos amis. Je profite du trajet en train en direction de l’aéroport pour faire un petit compte rendu photo de ces quelques jours, comme un petit concentré de Finlande. C’est un peu comme une soirée diapo sauf que vous n’êtes pas obligés d’aller jusqu’au bout.
































Et voilà, demain c’est le grand jour! Les enfants prennent l’avion direction Paris puis direction la Normandie. Une aventure sans les parents qui restent encore une semaine en Finlande, le temps de tout ranger et d’en profiter encore un peu. La place des enfants dans la voiture va servir à ramener le surplus de trucs matériels qu’on ramène, tandis que nos inestimables souvenirs restent consignés dans nos têtes, nos cahiers, nos photos et nos récits.

Achille se sent triste de partir, il a pu revoir une dernière fois chacun des amis avant le départ, et cette « dernière » c’est quand même quelque chose, malgré le fait qu’on soit motivés à revenir. Solal lui s’est affairé à préparer sa valise dès lors que les amis venus de France sont partis.

Cette dernière semaine a été riche: visites de Rauma et de tous les endroits qu’on a aimé à Tampere avec nos amis venus de France, le week-end au mökki, le dernier « Puolenkuun pelikauppa » (PKP pour les intimes, une boutique qui organise une session Pokémon tous les lundis) pour aller échanger des cartes Pokémons avec les copains de l’école, le clou dans le pneu, le café chez une copine d’Achille, l’anniversaire d’un copain d’Achille et la livraison de nos vélos aux copains qui les récupèrent.


L’anniversaire était une fois de plus en extérieur, le meilleur plan! C’était dans un parc avec un circuit de prévention routière (Liikennepuisto). Les enfants ont suivi un petit cours de règles de conduite, puis ont chacun pu conduire un kart à pédales. C’est gratuit, et très bien organisé.



À part ça j’ai cramé, comme quoi le soleil brûle aussi en Finlande.

Nous voilà partis pour un week-end mokki, loué avec les copains. Nous avons géré la préparation avec beaucoup de talent rapport aux quatre enfants pleins d’énergie (« maman moi j’ai besoin de me défouler / les grands ils nous embêtent / mais aaaarrrrreeeetteeee / c’est grave si j’ai une goutte de pipi sur mon slip? / qu’est-ce qu’on mange? J’aime pas ça, etc »). À l’heure où j’écris cet article, les enfants se font des tatouages, et rigolent très fort parce qu’ils ont eu l’idée de s’en faire PARTOUT. Tout est sous contrôle.


Les voitures étaient pleines à craquer des sacs dignes d’un déménagement. Après les courses avec chacun une mission et un enfant, un passage à l’Alko pour l’apéro, des kilomètres de piste non-goudronnées la musique à fond histoire de nourrir les acouphènes de Maxime, nous nous sommes garés sur le parking vide de la seule balade de 2km dans le parc national Seitseminen à 18h. Nota bene: Alko est le magasin où on peut acheter de l’alcool plus fort qu’une bière, et le terme d’apéro n’existe pas en Finlande.


La plupart des chemins étaient fermés car les oiseaux nichent. La promenade était très jolie, ça sentait le sous-bois et les myrtilles, les moustiques vrombissaient, les cygnes étendaient leurs ailes et les enfants couraient. Les milliers de nuances de vert contrastent parfaitement bien avec le rouge de nos boutons. Achille a trouvé des plaquebières (sans alcool ahahah), ou mûres arctiques, typiques des régions boréales. On l’appelle aussi « or de l’Arctique », cloudberry en anglais et suomustikka en finnois.



Le mokki a l’eau et l’électricité, un trampoline et des fléchettes, on a l’impression d’être perdus dans la forêt, c’est silencieux et le sauna au feu de bois nous attend. Par contre on ne mangera pas dehors, bziiiiiiiii.




Quelques photos de la semaine dernière pendant laquelle il a plu encore et encore, nous avons finalement réussi à assister à du soufflage de verre, j’ai ramassé du tilleul dans le parc pour faire de la tisane, on a voulu aller se promener dans la forêt mais on a dû rentrer très vite parce que:
A. Les moustiques étaient féroces.
B. Achille s’est perdu ou j’ai perdu Achille je ne sais pas très bien. Enfin on a eu peur tous les deux.
C. Il s’est mis à pleuvoir des cordes « sataa kaatamalla ».













Nous avons visité le musée de l’habitat ouvrier d’Amuri, à deux pas de chez nous. C’est le seul bloc de bâtiments en bois qui a été conservé de ce quartier qui en comportait autrefois une centaine, à partir de 1869.


Solal l’a visité il y a quelques semaines avec sa classe, et était tout content de nous montrer les toilettes des « hommes préhistoriques » (ceux du 19e siècle). Le nom « Amuri » vient de celui d’une colonie établie à Amur Oblast, à l’est de la Sibérie.



C’est comme un voyage dans le temps qui commence en 1882 et fini dans les années 70. Nous sommes entrés dans toutes les maisons, où l’on voit les chambres que les habitants occupaient à 5 ou 6, disposée autour d’une cuisine partagée utilisée jusque dans les années 50. Sur chaque porte un écriteau comporte le prénom, l’âge et la profession des occupants, avec un petit texte pour les présenter. Les chambres, d’une dizaine de mètres carrés, ont des lits qui nous ont paru minuscules, si bien qu’on s’est même demandé si les gens dormaient assis ou s’ils étaient très petits. Ce sont en fait des lits gigognes, qui étaient tirés pour la nuit.


Au centre de la cour, on trouve le sauna, utilisé une fois par semaine par les habitants. Il y a aussi une petite épicerie coopérative, une boulangerie et une papeterie, le papier étant le seul matériau non rationné pendant et après la guerre, il servait même à fabriquer des chapeaux.



Entre deux colères Solal était content de jouer dans la petite cuisine comportant un four ancien en fonte. On dirait bien qu’on est dans une phase tempête de cerveau, ce qu’on peut comprendre étant donné les changements à venir.



Nous avons eu la chance de tomber un jour de concert, alors nous avons fini la visite en mangeant un sandwich sous quelques gouttes de pluie et en écoutant Vilja Vilhelmiina chanter. Puis il s’est mis à pleuvoir fort, mais tout le monde est resté là, à écouter sous son parapluie, une chanson qui parlait de la pluie et du soleil.

Je suis dans un déni presque total de notre départ imminent. Les enfants partent dans deux semaines. Maxime et moi partons dans trois semaines. Il reste pourtant tant d’aventures avant le retour! Les amis viennent, nous avons un beau programme ensemble. Puis nous sommes invités à la campagne chez une amie d’Achille, et il y a encore d’autre copains à voir avant de partir. Il y aura un week-end à Helsinki, la vente de quelques meubles, les livres à rendre à la bibliothèque. Il y aura les confitures de myrtille et le tango peut-être, il y aura les bagages à faire rentrer dans la voiture, les clefs de l’appartement à rendre, la notification de déménagement à DVV. Il y aura le dernier sauna, le dernier matin, le dernier trajet direction Turku. Vous la sentez la boule au ventre?

Quand je leur ai demandé ce qui leur manquera de la Finlande, les enfants ont répondu « mes copains ». Avec le sauna aussi, pour Achille. Pour ma part, les séances de sauna du jeudi soir au bord du lac me manqueront beaucoup, l’ambiance paisible de la Finlande, la confiance partout. Quant à Maxime, lui manqueront le sauna, le patin sur le lac, le footing le long des Tammerkoski. Les copains bien sûr, pour nous aussi. L’approche du départ est à la fois triste pour ce que l’on quitte et réjouissant parce qu’on est heureux de retrouver notre vie en France.

Que ramène-t-on de cette année ? Un peu de finnois, de la confiance en soi, de la tranquillité, le plaisir de jouer dehors de longues heures quel que soit le temps, un rapport de chaire (révolutionnaire et excellent), des centaines de pages d’écriture et de dessins, de l’autonomie, la trempette dans l’eau glacée et ses hormones de bonheur, des piqures de moustique, un gros paquet de souvenirs, quelques babioles, des cartes postales, la joie de tisser des liens avec d’autres personnes et de nourrir ceux qui existaient déjà, et l’envie de revenir.

Pour clarifier le temps qu’il reste en Finlande à Solal qui demandait tous les jours ou presque « c’est demain qu’on va en France? », j’ai fait une frise. En cochant aujourd’hui il a dit a demandé à Maxime: « pourquoi les jours sont plus courts ici qu’en France ? ». J’en conclu que les vacances sont bien occupée !
