Hier c’était la rentrée pour les enfants en Finlande. Pour nous c’était aussi la rentrée, dans notre maison à Cesson. On a eu l’impression de vivre une faille temporelle, seule la végétation donne l’indication du temps qui a passé, et le parc derrière chez nous dont les jeux ont été changés.

Voilà une semaine que nous sommes arrivés en France, au point de départ, à Ouistreham. Nous avions prévu de faire la route en 2 jours, mais c’était osé et c’était sans compter les bouchons. Alors on a ajouté un jour, et traversé la Suède, le Danemark, l’Allemagne et la Belgique. Nous avons vu la température monter à mesure qu’on avançait.




Quand on a franchi la frontière le 29 juillet vers midi, les indices visuels de la France nous ont sauté aux yeux, bientôt les auditifs, et l’ambiance.
La forme des poteaux électriques
Les lotissements
Les panneaux en français
L’autoroute à 130
Les péages
Les toits en tuiles
Les villages au milieu des champs
Les clochers
Les centrales nucléaires
L’eau au goût de chlore
L’arrosage des champs jaunes
L’herbe sèche
Les arbres en boules
Les vallons les bosquet
Puis
Les chats dans la rue
Les crottes sur le trottoir
Les plaintes en français
Les conversations avec des inconnus
Les sourires
La foule
La mer avec des vagues
L’odeur du sel
…

Notre voiture est arrivée au bout sans encombres. Nous avons retrouvé avec joie nos familles venues nous accueillir, et nos petits gars qui en deux semaines chez papy et mamie ont appris à nager pour l’un et à nager le crawl, le dos crawlé et la brasse pour l’autre, avec un athlète qui a fait les jeux olympiques de Londres, excusez-moi du peu. Après quelques jours, la Finlande paraît déjà loin, comme un rêve dont on vient de se réveiller.

Il nous faut du temps pour réapprendre comment marcher dans la rue. On a du travail pour vivre dans un climat de confiance et de tranquillité. Par exemple, Achille s’apprêtait à traverser quand un cycliste lui a crié de regarder avant de traverser. En Finlande, il aurait simplement ralenti, puis stoppé pour laisser passer le piéton prioritaire. Le tout va être de dire « nonni », d’affirmer nos droits et d’accomplir nos devoirs. Et ça va aller, ayons confiance. La confiance est difficile à définir, mais cette définition, lue dans un livre sur la confiance accordée aux professeurs en Finlande, me plaît bien: avoir confiance en l’Autre, c’est savoir qu’il ne tirera pas parti de nos faiblesses.

Quand on est partis il y a presque un an, nous avons dit au revoir et eu de nombreuses marques d’affection. Je me souviens avoir pensé aux sépultures où l’on dit de belles choses sur la personne, de belles choses qu’on ne dit pas forcément de son vivant, et bien là c’était similaire. En partant, nous avions la possibilité de devenir d’autres personnes, de construire des relations de zéro, avec des personnes qui n’avaient aucune idée de qui nous étions. Maintenant que nous sommes revenus, il faut laisser de côté cette part de nous qui était propre à notre vie à l’étranger, et redevenir « juste » nous. Nous ne sommes plus cette famille qui vit en Finlande, nous n’avons plus ce caractère spécial. Nous n’avons pas eu de révolution ou de crises personnelles. On se sent légèrement différents, d’aucuns diraient que nous avons vieilli ou grandit, mais je crois que c’est plus profond, c’est un bout de sisu j’espère.

En vivant dans un autre pays, nous avons eu la chance de ne plus être des touristes de passage. L’année est passée vite, oui, comme pour tout voyage au début nous avions l’impression d’un temps infini, dont la fin est malgré tout arrivée. L’année est aussi passée lentement, plus lentement que ces dernières années, grâce aux saisons, aux visites, aux découvertes nombreuses de cette culture finlandaise et au quotidien ralenti par rapport à celui que nous avions en France, avec moins d’activités, moins d’horaires contraignants, et plus de liberté finalement. On aurait pu – on ne l’a pas fait – cocher les cases d’un bingo « voyage en Finlande »: neige, glace, aurores boréales, manger de l’élan, manger du renne, voir le père Noël, aller au sauna, se baigner dans le lac gelé, apprendre des rudiments de finnois… Nous avons forcément manqué des endroits, des personnes, des mets, des expériences… mais il est impossible et absurde de vouloir tout voir, tout visiter.

Les enfants n’ayant pas été malades une seule fois (à part une bille en verre avalée, mais ressortie dans les temps, ouf), nous n’avons pas eu l’occasion de tester l’efficacité du centre de santé. Tout est centralisé, ça a l’air très pratique : en cas de maladie, l’enfant est d’abord reçu par une infirmière qui évalue s’il faut voir le médecin. Nous avons reçu un courrier le lendemain du départ des enfants, pour nous inviter à prendre rendez-vous pour le bilan annuel. Ma seule déception (raisonnable) est d’avoir manqué cette expérience.

Nous avons ramené un paquet de choses de notre année ici, de l’immatériel et du matériel. D’un point de vue professionnel, Maxime ramène un atelier d’électronique (pas finlandais pour deux sous mais constitué ici), un rapport de sa chaire et deux trois réussites dont sa précieuse modestie empêchera de se vanter. Quant à moi, j’ai dans mes valises des livres, des comptines, des idées, des mouffles et botillons imperméables en taille 0. En plus de l’écriture du blog qui m’a pris beaucoup de temps, et des carnets bien remplis de dessins et peintures, j’ai aussi eu la chance de pouvoir aller observer la vie à la crèche. Il y aurait beaucoup à dire sur l’enfance en Finlande, sur la manière dont les enfants sont intégrés dans l’espace public et dans la société en général, sur le profond respect inspiré par les professeurs et toutes les professions liées à l’enseignement et l’éducation. Avant de venir en Finlande, nous avons beaucoup entendu que c’était une chance que les enfants puissent aller dans un des meilleurs systèmes scolaires au monde, avec l’a priori d’un enseignement de haute qualité. Nous avons effectivement eu une excellente expérience, et pas grand chose à critiquer. Cela ne peut être résumé en une méthode, observer le fonctionnement d’une classe pour évaluer les raisons de la réussite du système scolaire ne suffit pas, il faut aussi prendre en compte le fonctionnement global de la société finlandaise, sa culture et son histoire. Nous avons aussi d’excellents professeurs en France et un programme scolaire solide et ambitieux, pour lesquels il est important (primordial?) de cultiver la confiance et de solidarité (des enseignants entre eux, des pouvoirs publics envers les enseignants, des adultes envers les enfants, des enseignants envers les familles, des familles envers les enseignants, etc). Nous sommes tous les quatre prêts pour la suite.

Le blog ne sera bientôt plus accessible, pour nous c’est une sacrée trace de cette année car il y a déjà des détails que nous avons oublié, et c’était plaisant de partager un bout de notre quotidien avec vous, merci d’avoir lu jusqu’au bout.
Fin!





























































































