Auteur/autrice : Clémentine Paré

  • J341 Iittala

    J’avais envie d’emmener les enfants à Iittala pour voir la manufacture d’objets en verre. Il y a un balcon qui fait le tour d’un des ateliers de soufflage de verre d’où l’on peut observer le travail des verriers. Jusqu’à ce qu’on arrive en Finlande, je pensais qu’on disait Littala, le i majuscule ressemblant à un l minuscule. Maintenant je sais qu’on dit i-it-tala.

    On y est donc allés tous les trois, le dernier jour de juin, parce qu’après, c’est fermé jusqu’en septembre.

    Heureusement qu’on a visité le magasin d’usine dans lequel il y avait des outils et des moules à vases (ce n’est pas une blague) parce que tout enjoués qu’on était, eh bien l’usine était déjà fermée pour les vacances. Pas de bol (non ce n’est toujours pas une blague de vaisselle). Solal était profondément déçu, il s’est roulé par terre en pleurant, oh non mais mamaaaaaaan. C’était la deuxième fois qu’on pensait voir des souffleurs de verre, la première étant à Nuutajärvi il y a quelques semaines, où l’atelier n’était pas encore ouvert.

    Avant le drame
    Des moules
    Un vase dans un moule
    Des vases
    Un vase pas encore démoulé
    Un truc d’estampage (je ne connais pas le nom précis, ma rigueur s’envole à mesure que la fin de ce blog approche)

    On s’est promenés dans le village du verre composé de quelques boutiques et d’un musée d’art naïf, après moult tergiversations j’ai dépensé quelques sous en assiettes Moomin faites en Finlande (sur place?) et les enfants ont grimpé à un pin dont ils sont redescendus les mains tout à fait collantes de sève.

    Un chat naïf
    Achille dans les achillées (subtil)

    On a replié nos clics et nos clacs et on est allés se baigner dans un petit lac plus chaud que les géants qui bordent Tampere, au milieu des nénuphars, et c’était bien.

    Je me suis arrêtée au milieu de la route pour prendre cette photo bancale d’une maison aux couleurs de la maison des Moomins.
    Un plus gros plouf (cf. A bigger splash de David Hockney)
    Une fleur de nénuphar sauvée de la noyade par Achille (ne grognez pas,elle était déjà coupée)
  • J339 Où il est beaucoup question de flemme

    À un mois du retour en France, on a été tenté d’aller visiter Porvoo, ne serait-ce que pour avoir un titre accrocheur « dimanche par monts et Porvoo ». Sauf que Porvoo est à deux heures de route, alors on a eu la flemme, tout en se disant d’un air suffisant, que la ville ressemblerait sûrement aux autres. On a certainement tort. On verra ce que dit la flemme le week-end prochain.

    Nous nous sommes repliés sur une bien belle option, à 15 minutes à pieds de chez nous: la visite du musée Sara Hilden, sur la rive du Näsijarvi. En y allant une grosse pluie nous a surpris, nous avons dû nous réfugier sous les arbres pour rester secs. Pour arriver au musée il faut traverser un petit bout du parc d’attraction Särkänniemi. On a mangé un pique nique sur un banc, avec d’un côté la vue sur le lac, et de l’autre la vue sur les gens qui crient dans le grand huit. C’était un spectacle impressionnant, face auquel Solal plein d’empathie, criait avec ces fous la tête en bas à 80 km/h.

    Oui tout à fait, c’est une sculpture de masque à gaz derrière.

    Plutôt que de payer l’entrée hors de prix au parc d’attraction on a pris un jus au café Sara, hyper calme malgré la rumeur des manèges en arrière-plan et les mouettes qui protègent leurs petits mouettons (pas sûre du terme, et la flemme de vérifier, c’est mignon comme ça).

    La visite du musée était agréable, avec des enfants qui ont bien rigolé parce qu’il y avait des peintures de nez géants et des nénés. L’exposition présentait des peintures d’artistes finlandaises, les étoiles de la scène artistique contemporaine. Achille s’est offusqué qu’il n’y ait pas d’hommes, l’occasion d’une petite discussion un poil féministe. De belles découvertes, avec pour certaines des influences d’art naïf, de tapisserie, et des aquarelles sur le thème de la maternité qui ont interrogé les enfants et tiré un beurk à Achille.

    Nous avons fini la journée dans le lac, aux pieds du musée. Il a fallu sauter à l’eau tant bien que mal, les rochers étaient glissants, ça permet de ne pas trop réfléchir à sa fraîcheur, mais une fois dedans, quelle joie. À quelques mètres des enfants sautent du toit d’un sauna flottant, une embarcation qu’on peut louer et déplacer n’importe où sur le lac.

    En remontant la côte dans la petite forêt qui entoure le musée, on a ramassé quelques fraises des bois et cherché des trèfles à quatre feuilles. Puis on est rentrés, en passant par une nouvelle passerelle et en regardant les attractions.

    Finalement, il n’est pas nécessaire d’aller loin pour compléter la collection de beaux souvenirs!

  • Miscellanées #10

    Sur la photo se cachent 3 escargots, une sauterelle et une araignée.

    Il n’y a pas d’araignées dans les logements. Un Finlandais qui a fait un Erasmus à Grenoble nous a dit: imaginez moi en France qui découvre une araignée énorme!

    Les bouteilles et les cannettes rapportent de l’argent si on les amène au point recyclage dans les magasins. C’est très fréquent d’en trouver dans la rue, les enfants (et plein d’autres personnes) les ramassent pour gagner des sous.

    L’eau pétillante ici s’appelle « Vichy » même si elle ne vient pas de Vichy. Et bien sûr, on dit « Vichu ». Erratum, on dit « vicu » ou « vissu ».

    Une chose qui nous a frappée en arrivant à Tampere et peut-être due au fait qu’on est au centre ville, c’est la quantité de coiffeurs au mètre carré.

    Un mökki est une cabane à la campagne, souvent au bord du lac, généralement sans eau courante et parfois sans électricité. Beaucoup de Finlandais ont un mökki où ils passent les week-ends aux beaux jours. Erratum bis: mais il y a un sauna, au feu de bois!

  • J331 Juhannus

    En Finlande, le solstice d’été est fêté le samedi qui en est le plus proche, entre le 20 et le 26 juin, cette année ça tombait pile poil au bon moment, c’est aujourd’hui et en même temps que le solstice. On l’appelle « midsummer » en anglais, « midsømmar » en suédois et « juhannus » en finnois. Évidemment dit à la française, juhannus a beaucoup fait rire les enfants.

    Le feu est préparé au milieu du port

    La veille est un jour férié, c’est  johannusyö, un réveillon pour fêter l’été. S’il n’y a pas de risques d’incendies, de grands feux sont allumés (« juhannuskokko ») à l’origine pour éloigner les démons et pour assurer une bonne récolte.

    Le feu

    C’est une fête traditionnelle, qui célèbre la lumière, l’été et le soleil de minuit. Autrefois la fête était païenne, on y faisait des rituels liés au mariage et à la fertilité. Il y avait par exemple le rituel des fleurs sous l’oreiller (kukat tyynyn alla) pour lequel une jeune fille ramassait 7 ou 9 fleurs différentes, qu’elle plaçait ensuite sous son oreiller. Elle rêverait ainsi de son futur fiancé. On a d’ailleurs croisé quelques jeunes femmes portant des couronnes de fleurs et habillées en blanc.

    Il y a aussi la légende du « virvatuli » : en se promenant la nuit de la St Jean dans une forêt, on pourrait bien y voir des feux follets sous lesquels se trouvent un trésor.

    De nos jours on fête juhannus en famille ou entre amis, on mange de bonnes choses, on va au sauna, on se baigne, bref, on profite de l’été. Le sauna de ce jour spécial est fait en journée pour être tout propre dedans et dehors en l’honneur du soleil. Il est même commun, en particulier à ce moment, de se fouetter avec des rameaux de bouleau aux propriétés anti-inflammatoires, anti boutons de moustiques et anti peaux mortes.

    On a dérogé au sauna, il faisait un peu chaud (26°C, on helle! c’est la canicule!) Mais on est allés se baigner avec des copains et on est allés voir le feu dans le port. Ça sentait un peu l’essence, mais c’était quand même joli.

    On avait promis aux enfants de veiller jusqu’à minuit pour se rendre compte qu’il faisait encore jour à cette heure là. C’était un chouette moment, et agrémenté de balançoire en pyjama, c’était encore plus fou!

    Le soleil de 23h44 (minuit c’est has been)
  • J329 De l’avantage de regarder des films en finnois

    C’est que si ça fait peur, de toute façon, je ne comprends pas, dit Solal.

    Bon par contre, sans rire, depuis la fin du jardin d’enfants et la séquence émotion, Solal fait un paquet de petites phrases en finnois, c’est charmant. Heureusement que j’ai eu mon diplôme de finnois niveau A1 (oui oui, avec exams, 4 crédits ects et tout et tout), je peux comprendre ce qu’il me raconte. D’ailleurs, le deuxième inconvénient de ce cours intensif, c’est que maintenant, quand je vais à ma séance de sauna, je suis concentrée à fond pour comprendre ce que racontent les autres.

    Il y a eu aussi le gros loupé du stage multisports en finnois, où Achille a pleuré en y arrivant parce qu’il ne comprenait rien et qu’il ne connaissait personne, je l’ai laissé quand même parce que j’avais cours. Mais j’ai vécu le fameux nœud au ventre des parents qui laissent un enfant en pleurs à la crèche ou ailleurs, ce qui ne m’était jamais vraiment arrivé. La semaine d’avant il avait réussi à suivre le stage de basket avec beaucoup de sisu (cherchez dans le blog si vous ne savez pas ce que c’est), alors comme l’ambiance multisport avait l’air trop difficile et que c’est quand même pour s’amuser à la base, Maxime a télétravaillé et Achille est resté avec lui.

    La fin de l’avant-dernier jour

    Donc je reviens à mes moutons du début, séquence émotion de la fin du jardin d’enfants, avec carte préparée par les enfants pour Solal, embrassades avec l’auxiliaire et sanglots de « je veeeeeeux revoooiiir mes copaiiiiins ». My god (nouvelle expression favorite), je ne l’avais pas vu venir… Je crois qu’une fin d’école/crèche ne m’a jamais autant émue que cette année entre l’école d’Achille et le jardin d’enfants de Solal. Tout le monde a été tellement bienveillant! Mais je crois que c’est le côté « adieux » qui rend la chose plus difficile à faire passer. Alors bon on se concentre sur tout ce qui va être chouette de retrouver en France, y compris la méga fuite dans le toit qu’il faut réparer avec une urgence plutôt pas mesurée.

  • J321 Opiskelen suomea*

    *J’étudie le finnois

    Il reste un mois et demi en Finlande, Solal demande tous les jours si on rentre en France demain. La notion du temps est encore assez distendue pour lui comme pour nous, c’est bientôt, mais il reste quand même des dizaines de jours et quelques événements avant le retour: la fin du jardin d’enfants, la Saint Jean, la venue des amis, il y aura aussi les cartons et les démarches administratives pour informer DVV (entre autres) de notre départ.

    Le pollen dans le lac

    Avec le glissement vers le chemin inverse, on fait des réserves de souvenirs, du sauna, on va à la plage et au parc avec les copains, on va dans la nature, au musée, et j’ai commencé à apprendre le finnois un peu comme on s’accroche aux branches.

    Mon cahier, et moi trop contente derrière

    La simple joie d’apprendre est déjà une raison suffisante, et le moment est parfait, dans la mesure où mon oreille est désormais habituée aux sonorités de la langue. J’avais envie de mettre en pratique les rudiments appris pendant 565 jours sur Duolingo, envie de mieux comprendre la langue, de pouvoir répondre à certaines questions ou situations, de pouvoir partager avec Achille et Solal, de dire des comptines en finnois en prononçant correctement, et de garder un pied en Finlande même une fois rentrés en France. Bref tout un tas de bonnes raisons. Le seul problème c’est que ça me donne envie de rester plus longtemps.

    En arrière-plan un enfant dans le lac pendant que j’apprends à parler de la pluie et du beau temps

    Le fait d’avoir réalisé consciencieusement mes 5 minutes par jour sur Duolingo m’a aidé à repérer les sons, à avoir du vocabulaire et à connaître certaines tournures de phrases. Clairement, l’apprentissage est plus rapide pour moi maintenant. Mais Duolingo ne m’a rendue ni bilingue, ni même assez à l’aise pour dire ne serait-ce que « anteeksi, en puhun suomea » (excusez-moi, je ne parle pas finnois). Attention j’enfonce une porte ouverte : en fait rien ne remplace un cours fait par une vraie personne. Par contre je peux frimer auprès de Maxime qui ouvre le dictionnaire au hasard, me demande ce que veut dire « velho », ce à quoi je réponds du tac au tac « sorcier ». Rien que pour sa mine impressionnée, les 565 jours sur l’application étaient utiles. Mais vous conviendrez que le mot « sorcier » au quotidien ne l’est pas beaucoup.

    Kesäblues = Blues de l’été?

    Je prends des cours le matin, à « kesäyliopisto » l’université d’été, pendant 13 jours. On est une vingtaine d’étudiants, de tous les âges et de différentes origines, je suis la seule française. Le cours est donné en anglais, la professeure parle lentement, ce qui laisse le temps de bien comprendre et d’assimiler, elle utilise aussi des gestes, on fait des jeux et des conversations. Elles nous dit d’être patients et indulgents avec nous-même, et de prendre notre temps. Elle est encourageante, soutenante et nous félicite. Le cours suit une progression précise, avec des apports de grammaire, des phrases clefs et du vocabulaire donné au fil de l’eau.

    Sataa (il pleut)

    La langue est mélodieuse, j’ai beaucoup entendu dire qu’elle ne ressemble à aucune autre langue et que c’est une des langues les plus difficiles à apprendre. Pourtant il y a beaucoup de vocabulaire issu de l’anglais et du français, les R sont roulés, c’est une langue qui suit une logique, il y a de la conjugaison, des règles de grammaire. Bref pour l’instant je ne me sens pas perdue, pas comme quand j’ai commencé à apprendre le chinois à la fac. La toute première règle de grammaire qu’on a apprise, est celle de l’harmonie des voyelles. Il y a 8 voyelles: « a o u » sont des voyelles prononcées au fond de la gorge, « ä ö y » des voyelles prononcées à l’avant de la bouche, et « e i » sont des voyelles neutres prononcées au milieu de la bouche. Le ä et le ö sont des lettres à part entière dans l’alphabet, les trémas ne sont pas considérés comme des accents. Selon la règle de l’harmonie des voyelles, « a o u » et « ä ö y » ne se mélangent pas dans un mot. Par contre, puisque les mots se combinent entre eux, elles peuvent cohabiter, mais chacune dans leur mot d’origine. Par exemple, ruokapöytä veut dire « table à manger », et est composé de « ruoka » (nourriture) et pöytä (table).

    On pilvistä (c’est nuageux)

    On apprend aussi qu’il n’y a pas de genre grammatical (pas de féminin/masculin), le genre est déterminé par le contexte. Il faut aussi faire attention aux doubles consonnes et doubles voyelles, au risque de dire à quelqu’un qu’on va le tuer ce soir (rapan sinut illalla) plutôt qu’on va le voir ce soir (rapaan sinut illalla). Là où ça commence sérieusement à se compliquer (et ce n’est que le début, je crois), c’est qu’il existe un finnois « formel », différent du finnois « parlé ». Cependant le langage formel est compris si on le parle, dans ce cas on a juste l’air un peu coincé ou bizarre.

    Aurinko paistaa (le soleil brille) et métaphore subtile de l’apprentissage

    Je suis super enthousiaste d’en apprendre plus sur la langue et les enfants sont très fiers de m’aider à prononcer, ou de me faire la conversation. Puhumme vähän suomea ! Nous parlons un peu finnois !

  • J320 Fruits, légumes, fleurs et emballages.

    Dans les supermarchés, on a trouvé les même légumes et fruits qu’en France (avec moins de goût que ceux du maraîcher). On peut acheter des tomates, des concombres et des herbes aromatiques frais toute l’année, qui viennent de la coopérative Närpes en Finlande (ou du Maroc, Espagne…).

    Au début on a continué à suivre les saisons… Et petit à petit on a légèrement lâché, on n’a jamais autant mangé d’avocats, mea culpa. C’est pareil pour les emballages. À Cesson on était arrivés à vraiment peu d’emballages plastiques et papier, on était très attentifs et engagés dans cette démarche. On a essayé de continuer ici… puis on s’est découragés. Les concombres sont emballés à l’unité dans du plastique, nous n’avons pas trouvé de possibilité d’achat en vrac (à part les bonbons !) et les sacs plastiques sont encore légion. La France paraît beaucoup plus avancée sur ce point.

    Nature morte pas zéro déchet

    En ce moment, on ne trouve plus de courges, je pense que c’est à peu près la seule différence entre l’étal de décembre et celui de juin. Les légumes et les fruits viennent du monde entier, mais aussi un peu de Finlande. On trouve entre autres des betteraves, des choux, des carottes, de la salade, des poivrons, des patates, des oignons, des pommes et toute une armada de petits fruits finlandais, plus ou moins quand c’est la saison. Depuis quelques semaines il y a un petit marché près du port de Tampere, où on peut acheter des petits pois qui sont mangés crus comme des bonbons, des fraises et de la rhubarbe locaux.

    Côté nature, c’est une explosion de fleurs partout, dans la ville, dans la forêt et dans la campagne.

    On s’émerveille de la robustesse de toutes ces plantes qui ont survécu et même été stimulées par les température négatives (jusqu’à -30°C quand même cet hiver à Tampere). Je crois que je n’ai jamais vu autant de lilas, de lupins et de muguet au mètre carré !