Auteur/autrice : Clémentine Paré

  • C’est fini !

    Hier c’était la rentrée pour les enfants en Finlande. Pour nous c’était aussi la rentrée, dans notre maison à Cesson. On a eu l’impression de vivre une faille temporelle, seule la végétation donne l’indication du temps qui a passé, et le parc derrière chez nous dont les jeux ont été changés.

    Nos affaires entassées dans une chambre de la maison. Mais comment peut-on avoir autant de bidules quant l’essentiel tient dans le coffre d’une voiture?

    Voilà une semaine que nous sommes arrivés en France, au point de départ, à Ouistreham. Nous avions prévu de faire la route en 2 jours, mais c’était osé et c’était sans compter les bouchons. Alors on a ajouté un jour, et traversé la Suède, le Danemark, l’Allemagne et la Belgique. Nous avons vu la température monter à mesure qu’on avançait.

    L’Archipel de Turku depuis le ferry
    Pause à Stockholm
    Le pont entre la Suède et le Danemark
    De drôles de saunas sur les parkings en Belgique

    Quand on a franchi la frontière le 29 juillet vers midi, les indices visuels de la France nous ont sauté aux yeux, bientôt les auditifs, et l’ambiance.

    La forme des poteaux électriques
    Les lotissements
    Les panneaux en français
    L’autoroute à 130
    Les péages
    Les toits en tuiles
    Les villages au milieu des champs
    Les clochers
    Les centrales nucléaires
    L’eau au goût de chlore
    L’arrosage des champs jaunes
    L’herbe sèche
    Les arbres en boules
    Les vallons les bosquet
    Puis
    Les chats dans la rue
    Les crottes sur le trottoir
    Les plaintes en français
    Les conversations avec des inconnus
    Les sourires
    La foule
    La mer avec des vagues
    L’odeur du sel

    Ouistreham et ses ours blancs

    Notre voiture est arrivée au bout sans encombres. Nous avons retrouvé avec joie nos familles venues nous accueillir, et nos petits gars qui en deux semaines chez papy et mamie ont appris à nager pour l’un et à nager le crawl, le dos crawlé et la brasse pour l’autre, avec un athlète qui a fait les jeux olympiques de Londres, excusez-moi du peu. Après quelques jours, la Finlande paraît déjà loin, comme un rêve dont on vient de se réveiller.

    Vannes

    Il nous faut du temps pour réapprendre comment marcher dans la rue. On a du travail pour vivre dans un climat de confiance et de tranquillité. Par exemple, Achille s’apprêtait à traverser quand un cycliste lui a crié de regarder avant de traverser. En Finlande, il aurait simplement ralenti, puis stoppé pour laisser passer le piéton prioritaire. Le tout va être de dire « nonni », d’affirmer nos droits et d’accomplir nos devoirs. Et ça va aller, ayons confiance. La confiance est difficile à définir, mais cette définition, lue dans un livre sur la confiance accordée aux professeurs en Finlande, me plaît bien: avoir confiance en l’Autre, c’est savoir qu’il ne tirera pas parti de nos faiblesses.

    Quand on est partis il y a presque un an, nous avons dit au revoir et eu de nombreuses marques d’affection. Je me souviens avoir pensé aux sépultures où l’on dit de belles choses sur la personne, de belles choses qu’on ne dit pas forcément de son vivant, et bien là c’était similaire. En partant, nous avions la possibilité de devenir d’autres personnes, de construire des relations de zéro, avec des personnes qui n’avaient aucune idée de qui nous étions. Maintenant que nous sommes revenus, il faut laisser de côté cette part de nous qui était propre à notre vie à l’étranger, et redevenir « juste » nous. Nous ne sommes plus cette famille qui vit en Finlande, nous n’avons plus ce caractère spécial. Nous n’avons pas eu de révolution ou de crises personnelles. On se sent légèrement différents, d’aucuns diraient que nous avons vieilli ou grandit, mais je crois que c’est plus profond, c’est un bout de sisu j’espère.

    La mère sisu (bah oui on dit « sissou », rappelez-vous!)

    En vivant dans un autre pays, nous avons eu la chance de ne plus être des touristes de passage. L’année est passée vite, oui, comme pour tout voyage au début nous avions l’impression d’un temps infini, dont la fin est malgré tout arrivée. L’année est aussi passée lentement, plus lentement que ces dernières années, grâce aux saisons, aux visites, aux découvertes nombreuses de cette culture finlandaise et au quotidien ralenti par rapport à celui que nous avions en France, avec moins d’activités, moins d’horaires contraignants, et plus de liberté finalement. On aurait pu – on ne l’a pas fait – cocher les cases d’un bingo « voyage en Finlande »: neige, glace, aurores boréales, manger de l’élan, manger du renne, voir le père Noël, aller au sauna, se baigner dans le lac gelé, apprendre des rudiments de finnois… Nous avons forcément manqué des endroits, des personnes, des mets, des expériences… mais il est impossible et absurde de vouloir tout voir, tout visiter.

    Fin de journée au Fazer Café

    Les enfants n’ayant pas été malades une seule fois (à part une bille en verre avalée, mais ressortie dans les temps, ouf), nous n’avons pas eu l’occasion de tester l’efficacité du centre de santé. Tout est centralisé, ça a l’air très pratique : en cas de maladie, l’enfant est d’abord reçu par une infirmière qui évalue s’il faut voir le médecin. Nous avons reçu un courrier le lendemain du départ des enfants, pour nous inviter à prendre rendez-vous pour le bilan annuel. Ma seule déception (raisonnable) est d’avoir manqué cette expérience.

    Des trucs intelligents, jolis et imperméables

    Nous avons ramené un paquet de choses de notre année ici, de l’immatériel et du matériel. D’un point de vue professionnel, Maxime ramène un atelier d’électronique (pas finlandais pour deux sous mais constitué ici), un rapport de sa chaire et deux trois réussites dont sa précieuse modestie empêchera de se vanter. Quant à moi, j’ai dans mes valises des livres, des comptines, des idées, des mouffles et botillons imperméables en taille 0. En plus de l’écriture du blog qui m’a pris beaucoup de temps, et des carnets bien remplis de dessins et peintures, j’ai aussi eu la chance de pouvoir aller observer la vie à la crèche. Il y aurait beaucoup à dire sur l’enfance en Finlande, sur la manière dont les enfants sont intégrés dans l’espace public et dans la société en général, sur le profond respect inspiré par les professeurs et toutes les professions liées à l’enseignement et l’éducation. Avant de venir en Finlande, nous avons beaucoup entendu que c’était une chance que les enfants puissent aller dans un des meilleurs systèmes scolaires au monde, avec l’a priori d’un enseignement de haute qualité. Nous avons effectivement eu une excellente expérience, et pas grand chose à critiquer. Cela ne peut être résumé en une méthode, observer le fonctionnement d’une classe pour évaluer les raisons de la réussite du système scolaire ne suffit pas, il faut aussi prendre en compte le fonctionnement global de la société finlandaise, sa culture et son histoire. Nous avons aussi d’excellents professeurs en France et un programme scolaire solide et ambitieux, pour lesquels il est important (primordial?) de cultiver la confiance et de solidarité (des enseignants entre eux, des pouvoirs publics envers les enseignants, des adultes envers les enfants, des enseignants envers les familles, des familles envers les enseignants, etc). Nous sommes tous les quatre prêts pour la suite.

    Soleil couchant entre Helsinki et Tampere

    Le blog ne sera bientôt plus accessible, pour nous c’est une sacrée trace de cette année car il y a déjà des détails que nous avons oublié, et c’était plaisant de partager un bout de notre quotidien avec vous, merci d’avoir lu jusqu’au bout.

    Fin!

  • Artistes, architectes et designers

    Avant de publier le dernier article du blog, je voulais faire un pense-bête des artistes et architectes finlandais qui nous ont marqué cette année. De quoi briller lors de vos prochains dîners mondains (ou pas) et en plus il y a parité hommes-femmes.

    Albert Edelfelt, Torpan tyttö (a farm girl), 1898.

    – Albert Edelfelt (19eme, scènes de la vie quotidienne).

    Elin Danielson-Gambogi, Poutapäivä (a sunny day), 1900


    – Elin Danielson-Gambogi (19e, beaucoup de femmes dans leur vie quotidienne)

    Helene Schjerfbeck, Hiljaisuus (Silence), 1907

    – Helene Schjerfbeck (19-20eme, autoportraits évanescents aux regards dramatiques ou endormis)

    Akseli Gallen-Kallela, Kullervo sets off to battle, 1901

    – Akseli Gallen-Kallela (19-20eme, une star de la peinture finlandaise, connu entre autres pour ses représentations du Kalevala)

    La caserne des pompiers à Tampere, par Wivi Lönn

    Wivi Lönn (19-20eme, première femme architecte à avoir ouvert son propre studio, architecture style art déco)

    Pekka Halonen, Kevätmaisema (spring landscape), 1914

    – Pekka Halonen (20eme, paysages enneigés et lumière du Nord, il a eu une exposition au Grand Palais à Paris récemment)

    Tove Jansson, Autoportrait, 1942

    – Tove Jansson (20eme, Artiste et écrivaine, connue pour les histoires de Moomin le Troll, mais peintures et romans tout aussi incontournables


    – Alvaar, Aino et Elissa Aalto (architectes et designers des années 1920 aux années 1970, architecture organique et fonctionnaliste, meubles commercialisés par Artek et verrerie produite par Iittala)


    – Petri Ala Maunus (contemporain, œuvres inspirées de la peinture romantique du 19e, paysages de catastrophes naturelles)


    – Anssi Kasitonni (contemporain, culture populaire et esthétique « fait main » carton, résine, super 8)

  • Miscellanées #11

    Le midi on mange le « lounas », le déjeuner. Si on va au restaurant le lounas est un buffet. C’est très répandu, il y a du choix et c’est très pratique avec des enfants car il n’y a pas besoin d’attendre. En plus, c’est à volonté, café compris! Les restaurants avec serveurs sont appelés « ravintola » et sont ouverts plutôt en soirée.

    Le suédois est la deuxième langue officielle  du pays.

    Il n’y a pas -ou peu- de calcaire dans l’eau, à la question : dois-je mettre de l’eau déminéralisée dans le fer à repasser? Le propriétaire de notre logement avait repondu: de quoi? Pourquoi?

    L’emballage d’un fromage représente un conducteur de tronc, méthode longtemps utilisée pour transporter le bois via l’eau.

    Le marchand de glace le soir vers 20h joue une musique pour annoncer son arrivée sans les cours d’immeubles.

    À Tampere il y a de très nombreux magasins de seconde main.

    Le puuro est le petit-déjeuner de prédilection, c’est un porridge que l’on peut préparer avec de l’avoine, du riz, de l’orge ou du seigle, du lait ou de l’eau et sur lequel on ajoute des ingrédients tels que confiture, coulis, baies, chocolat, cannelle, etc.

    Kesäkeito, la soupe d’été est un plat traditionnel de saison, c’est super bon.

    Il y a un rayon sauna au supermarché.

  • Un dernier sauna

    Le sauna en Finlande est classé au patrimoine immatériel de l’UNESCO et Tampere en est la capitale mondiale auto-proclamée. On y trouve en effet une grande quantité de saunas publics, et encore plus de saunas privés car la plupart des habitations, maisons comme immeubles, comportent au moins un sauna. D’ailleurs, un proverbe finlandais dit qu’une maison sans sauna n’est pas un foyer. C’est aussi à Tampere qu’il y a le plus vieux sauna encore en activité, qui date de 1905. Bien au-delà d’une pratique commerciale ou d’une tendance, le sauna fait partie du mode de vie, même s’il existe évidemment des Finlandais qui n’y vont pas. Une des caractéristiques du sauna finlandais, c’est le fait de mettre de l’eau sur des pierres chaudes pour produire le « löyly » la vapeur. Le sauna est un lieu social, on s’y retrouve, on y discute. Mais c’est aussi être un lieu de calme, de silence, un des seuls endroits où l’on ne garde pas son téléphone dans sa poche. Je me demande à quel point cette pratique du sauna participe au sentiment de tranquilité que l’on ressent un peu partout en Finlande (le calcul « sauna + nature + peu de promiscuité = sérénité » est-il correct ?).

    Les premiers saunas sont apparus dans le nord de la Finlande vers 1000 avant J-C et étaient à moitié enterré dans une colline. Au centre, il y avait un feu qui brulait trois jours pour arriver à la chaleur optimale, sur lequel étaient posées des pierres. La fumée était ensuite évacuée et ne restaient que les pierres chaudes, et les murs qui concentraient la chaleur, si j’ai bien compris. C’était une pièce de vie, on y cuisinait, on y faisait sécher du lin et du seigle. C’est peu à peu devenu une cabane à part entière avec un poêle et une évacuation de la fumée. Les malades y étaient soignés, les femmes y accouchaient et on y faisait les derniers soins aux morts. Pour une naissance, la sage-femme s’occupait de la chaleur du sauna, certainement entre 20 et 30°C, pas à 80°C quand même. Le jour de son mariage, la future mariée allait au sauna notamment pour avoir le rose aux joues. Le sauna avait aussi un aspect spirituel important et était considéré comme le seuil entre le monde terrestre et l’au-delà. On y vénérait les cinq éléments (oui oui y compris Milla Jovovitch) et il servait à nettoyer son âme. Une partie de la mythologie du sauna apparaît dans le Kalevala, l’épopée nationale composée par Elias Lönnrot à partir des récits et poésies populaires oraux, et dans les chants runiques finlandais. Vers 1890, la médecine traditionnelle a été déclarée illégale et parler de pratiques surnaturelles ou spirituelles du sauna est devenu tabou. Aujourd’hui la pratique du sauna est encore associée à certaines fêtes dans l’année, à Noël, à Pâques, à Juhannus… Il existe aussi des saunas où l’on peut être initié aux rituels, et où la dimension spirituelle est célébrée.

    Un sauna flottant sur le lac

    Nous allions déjà au sauna en France, et étions habitués à trouver une notice de comment faire une bonne séance de sauna. De tous les saunas où nous sommes allés en Finlande, il n’y en a qu’un qui affichait des recommandations. Sinon, on respecte une étiquette induite par la pratique, le lieu et la culture commune du sauna : certains moments sont silencieux, on demande avant de mettre de l’eau sur les pierres, on ne fixe pas les autres… Par contre, dans aucun des saunas nous n’avons trouvé de sablier. La bonne durée de cuisson est celle que l’on ressent comme étant la bonne pour soi. Personnellement je sors dès que mon coeur s’accélère et que ça commence à être inconfortable. Ce peut être au bout de deux, cinq, dix minutes ou plus, selon la température du sauna, selon la fatigue, l’humeur…

    Le sauna yourte, saunatempelli à Kaupinoja

    Avec Maxime nous avions instauré notre petit rituel de sauna hebdomadaire, lui le mardi et moi le jeudi soir. Quand j’y vais, c’est le tour des femmes. Ça fait sauter Achille au plafond, il trouve ça très injuste qu’il y ait un tour des femmes et pas de tour des hommes. Je lui dit que c’est comme un paiement de la dette des hommes envers les femmes. Non c’est pas ça la raison ? Mon analyse s’arrêtera là. Mais pour nourrir la reflexion je peux quand même vous dire qu’un film documentaire de 2010, « Miesten vuoro » (« le tour des hommes ») ou « The steam life » en Anglais, montre comment le sauna est le lieu de la confidence… pour les hommes.

    Intérieur du sauna du musée d’Amuri

    Bref le jeudi soir, je vais au sauna au bord du lac, dans une grande maison ancienne du quartier résidentiel de Tahmela. C’est un lieu associatif, avec un petit café, une bibliothèque pour les enfants, des expositions d’artistes et des concerts. Une fois son ticket acheté, il faut descendre un escalier caché derrière une porte, au bout duquel on arrive dans un couloir en béton qui sent un peu l’humidité et le pipi. Une porte où est punaisée une feuille gondolée rappellant de mettre son maillot de bain pour aller se baigner ouvre sur le jardin. Une autre avec un petit écriteau « naiset » indique l’entrée du vestiaire des femmes. Je me change sur des caillebotis en bois. Puis il y a les douches, avec dans un coin il y a un rideau aux motifs de feuilles de monstera et dans un autre, la porte du premier sauna.

    Le couloir du sauna du jeudi

    Quand je l’ouvre, la chaleur m’enveloppe, je m’assois sur l’un des larges bancs en bois. La pièce est en partie carrelée, une fenêtre encadrée de rideaux beiges aux motifs de fleurs des champs, donne sur le jardin. Un gros poêle à bois crépite, chauffe et colore d’orange dansant le mur opposé. Quand je sors de là en repassant par la salle de bain, puis par le vestiaire, puis par le couloir, j’arrive dans le jardin. Un escalier de planches descend jusqu’au lac, sous les arbres, bordé par les lilas, les lys martagon et les fraisiers sauvages. Arrivée au lac, je me baigne face aux îles, avec les grèbes huppées et les mouettes. Une fois il a plu. Une fois le vent formait de grosses vagues. Une fois il faisait chaud. La première fois que je suis venue, c’était au mois de février, avec ma maman. Il faisait nuit, le lac était gelé, le sentier pour y accéder était balisé par des bougies et des lampions. Deux trous dans la glace étaient creusés, l’un au bout de l’escalier l’autre à quelques mètres, obligeant à marcher sur le lac, à la lueur des lanternes.

    Quand je sors de l’eau, je laisse couler toutes mes préocuppations. Un proverbe finlandais dit que les problèmes sont solubles dans l’eau. Je remonte par le même escalier, avec une conscience aiguisée des graviers, des racines et de la terre sous mes pieds. En haut je traverse la cour avec des tables et un barbecue, un petit jardin potager dotée d’une immense rhubarbe et des groseillers aux grappes encore vertes. Un autre sauna est installé là, noir et rouge, un coffre plein de bûches à ses pieds. Je rince mes pieds dans une bassine et je tire la poignée fabriquée avec une branche tordue. En entrant je baisse la tête pour éviter la feutrine rouge qui empêche la chaleur de sortir. À gauche le feu brûle dans le poêle, en face un escalier étroit mène aux bancs plongés dans le noir. Deux petites lucarnes laissent entrer la lumière et libèrent la vue sur les arbres. Une guirlande lumineuse permet de ne pas manquer les marches, en entrant mes yeux aveuglés ne voient rien de l’étage. Un visage en terre cuite d’homme qui rit est posé parmi les pierres, je jette de l’eau dessus et c’est comme si c’était lui qui soufflait le löyly brûlant.

    C’est un endroit sans chichis, l’essentiel est là, tout le monde est gentil et accueillant. Je retrouve plus ou moins les mêmes femmes d’une fois sur l’autre, nous sommes une dizaine à tout casser pour les deux saunas. L’une d’elle m’a dit : « c’est le meilleur sauna à Tampere », et je la crois.

    Le sauna du mökki à Kihnio

    J’ai emmené les enfants dans mon sauna favori, et l’expérience leur a beaucoup plu. Nous sommes maintenant au fait qu’il n’y a pas de restriction d’âge pour aller au sauna mais qu’il faut être à l’écoute de ses sensations. On laisse les enfants s’installer où ils veulent et sortir quand ils veulent. Au sauna de la piscine, les mamans viennent avec les bébés, plutôt en bas où la chaleur est plus faible. Une copine m’a raconté qu’il y a un sauna dans le jardin d’enfants où elle travaille. Ce n’est pas quelque chose de fréquent, et c’est dû au fait que le bâtiment avait une autre destination au départ. Les enfants de la crèche enfilent leurs maillots de bain et y vont plusieurs fois dans l’année, à Noël, avec des biscuits à la cannelle, à Juhannus munis de fouets fabriqués avec des rameaux de bouleau. Nous avons d’ailleurs testé le fouet de branches de bouleau quand nous étions au mökki avec les copains. C’est agréable, les branches et les feuilles se ramollissent avec la chaleur, et libèrent des odeurs de sève fraiche. Le fait de se taper la peau avec libère l’huile essentielle, la saponine et autres substances de l’arbre, ça a un effet stimulant sur la circulation sanguine et relaxant sur les muscles, en plus de renforcer le système immunitaire. C’est sûr, le sauna au bord du lac va nous manquer.

    Fouet de rameaux de bouleau fait maison (vihta ou vasta en finnois)

  • J365 Voie D comme… Comme d’accord.

    C’est la file d’attente que nous a indiqué (en éclatant de rire) la femme qui a enregistré notre arrivée au port de Naantali pour embarquer sur le Finnsirius à destination de Kapellskär en Suède.

    À Tampere dans l’appartement tout propre et tout vide de nos affaires, les clefs sont sur la commode dans le couloir de l’entrée. On ne fait pas d’état des lieux, confiance et dépôt de garantie sont de mises.

    Tout est passé!

    Il crachine et il fait 15 degrés, je suis en tee-shirt et Maxime est gelé sous son imper. Je redoute la température à l’arrivée tandis que Maxime l’attend avec plaisir.

    Ce ne sont pas des larmes mais des gouttes de pluie

    Nous avons dit au revoir à la ville, en allant visiter un dernier musée (le 48e de l’année, la boulimie de culture!) avant de prendre la route, le plus proche de chez nous, littéralement à 2 minutes à pieds.

    Le musée Nootti raconte l’histoire des relations entre la Finlande et la Russie, depuis 1809 quand la Russie a pris la Finlande à la Suède, jusqu’à aujourd’hui.

    Il est situé dans l’ancien « bâtiment des travailleurs », où Lénine et Staline se sont rencontrés pour la première fois en 1905. C’était une visite vraiment intéressante, on ne pouvait pas manquer ça.


    Sur la route, Maxime a fait les démarches administratives, signaler notre départ à DVV, commander la redirection du courrier, se renseigner pour résilier le contrat d’électricité et d’assurance. Le ciel est lourd, les champs sont jaunes et vert doré, nous croisons quelques fermes rouge ferrique. La route est presque une ligne droite avec des croisements où la vitesse passe de 100 à 80 km/h d’un seul coup avec un radar à chaque fois. Bizarrement, la route parait moins monotone qu’à l’aller. On fait des plans en se disant qu’on reviendra chaque été en train (bas carbone oblige), on ira se poser au bord d’un lac dans un mökki avec sauna et on visitera les amis.

    À Naantali, nous avons mangé dans un restaurant indien, les naans (je cherche une blague subtile en vain) et les plats étaient succulents. Au bout de notre dernière marche entre les petites maisons en bois, nous arrivons sur le petit port de plaisance où nous accueillent soleil, nuages et oies sur la Baltique.

  • J364 Veille de départ n°2

    Les bagages étant à peu de choses prêts, nous avons pu profiter de la journée pour prendre le petit-déjeuner au café d’Amuri avec les copains, pour se promener un peu dans le centre-ville et même manger à Kauppahalli. Cette dernière semaine en Finlande a été l’occasion de continuer à faire de nouvelles expériences : nous avons goûté à la liqueur de mûre Arctique chez des amis, mangé du riisipuuro au petit-déjeuner (porridge de riz), été cuire au jurtsauna (sauna dans une yourte), fait du vesijuoksu (footing aquatique). Encore une belle semaine en Finlande, qui clôt cette merveilleuse année.

    Sur le port de Tampere, l’usine en cours de démontage
    Vue du côté de Tammer
    Kauppahalli
    Satisfaction

  • J366 Jour 363 de l’année trisectile

    Je ne sais pas ce que j’ai trifouillé, mais le compte des jours n’est pas bon. On en est à 366 jours, alors qu’on est partis le 26 juillet 2025. Voilà, il faut tout recommencer!

    La préparation du départ est plutôt tranquille, je ne sais pas si je suis encore en plein déni ou si c’est juste que « ça va bien se passer » comme dit Maxime. On a donné nos meubles, trié les affaires des enfants, les valises sont presque finies, l’appartement se vide peu à peu.

    Maxime et moi avons passé le week-end dernier à Helsinki. Nous avions réservé un hôtel Scandic pas très loin de la gare, et visiblement pris d’assaut par des supporters voulant profiter de la fan zone installée non loin pour la coupe du monde de foot sur l’esplanade devant la bibliothèque Oodi.

    Centre-ville d’Helsinki, les oies traversent la route
    Le lac à côté de l’hôtel

    Quand on est rentrés de notre longue marche le samedi, on allait à l’inverse des gens qui portaient un maillot rouge. En plissant les yeux, on a pu lire le logo de l’équipe de Manchester placé sur le coeur. Ça a fait tilt, ah oui, ils jouent contre l’équipe de France ce soir. En arrivant à l’hôtel, il y avait une queue de 10 mètres de long, pour attendre les ascenseur. Nous avons découvert ce concept : l’hôtel sans escaliers mais avec embouteillages pour rejoindre sa chambre. Avec également la clim à 19°C mais le chauffage au sol, le spot qui reste allumé dans la salle de bain pour pas qu’on se cogne les doigts pieds aux WC en pleine nuit. Mais on peut accrocher sa serviette pour éviter un lavage superflu, alors tout va bien. C’était quand même confortable, et on a même pu regarder James Bond qui passait à la télé, avec la déco assortie.

    Nous avons arpenté les rues de la ville, sommes allés voir les brise-glaces amarrés en attendant l’hiver, revu la cathédrale ainsi que l’esplanade du Lasipalatsi, sommes entrés dans l’église Tamppeliaukio, et visité quelques musées: le musée du design et de l’architecture, le HAM (art moderne), Kiasma (art contemporain), Ateneum (art classique).

    Une porte quelconque des rues d’Helsinki
    Tempelliaukio, église troglodyte
    Musée Kiasma
    Vue sur la fan zone depuis Kiasma

    Au Kiasma, nous avions le choix entre trois expositions, et nous n’avons pas choisi, les trois étaient bien. La première rassemblait des oeuvres de leur collection, nous invitant à naviguer à travers l’imaginaire et la réalité, comme un rêve dont on n’a pas les clefs, qu’on ne peut pas expliquer. À l’entrée, le texte de présentation mentionne « contemporary art can be meaningful even when it resists verbalisation », et c’est exactement ce que j’aime dans l’art contemporain. C’est plein de sens, l’œuvre vient toucher quelque chose en nous, mais on n’arrive pas forcément à le formuler.

    Oskari Ruuska, Beach on Uranus, 2023

    La deuxième exposition présentait des oeuvres d’artistes Sámi avec pour sujet la communauté Sámi. Avant que les pays Nordiques soient fondés, il y avaient les terres Sápmi (portant le nom aujourd’hui de Laponie) et le peuple autochtone qui l’occupait, et l’occupe encore, porte le nom de « Sámi » (le nom « lapon » est péjoratif). Les œuvres parlent de ce que ce peuple a enduré, de ce qu’ils vivent aujourd’hui et de leur identité.

    Siri Baggerman, Drooni, 2021
    Lada Suomenrinne, Máltaráhkku – the weather caretaker, 2026
    Joar Nango, The same rope that hung you will pull you up in the end, 2020

    Une citation issue d’un des cartels, résonne particulièrement pour nous :  « Dans la conception Sámi du foyer, la maison n’en constitue qu’une petite partie. Le foyer, c’est aussi la rivière qui coule devant la maison, la colline qui s’élève de l’autre côté de la rivière et le lac derrière la colline, vers lequel les grands-parents ont tracé un sentier. Le foyer, c’est tout le village et le lac qui le borde. Le foyer, c’est cet endroit où l’on aspire du fond du cœur à pouvoir retourner, même lorsque l’on n’y habite pas. »

    Vue de l’exposition d’Edith Karlson

    La dernière exposition présentait les sculptures monumentales d’une artiste Estonienne, Edith Karlson. Impressionnante, effrayante, amusante, émouvante, exaltante, je pense que tous ces adjectifs définissent bien notre promenade à travers les sculptures.

    Timbres dessinés par Signe Hammarsten Jansson
    Peinture murale de Tove Jansson

    Au HAM, nous avons découvert le travail de la famille de Tove Jansson, dont le père Viktor était sculpteur, la mère Signe Hammarsten Jansson était illustratrice, les frères Per Olov et Lars étaient pour l’un photographe et pour l’autre dessinateur des BD racontant les aventures de Moomin. Signe a notamment dessiné certains billets de banque de Finlande et de nombreux timbres, ainsi que quantité de caricatures et illustrations de livres.

    Vue de l’exposition de Marina Abakanowicz
    Médiation pour l’exposition : une salle où l’on peut apprendre à tisser.

    Il y avait également deux autres expositions, une de Magdalena Abakanowicz présentant des tissages monumentaux et une autre de Petri Ala Maunus, un peintre contemporain dont nous avions déjà vu quelques peintures à Tampere et qui nous avait marqué, par sa maîtrise de la technique de la peinture à l’huile et ses représentations de déluges, citant l’art classique et romantique mais à la sauce contemporaine avec des tâches et une composition étrange.

    Vue de l’exposition Petri Ala-Maunus and Mauno Markkula: Blazing Sky

    À l’Ateneum, nous n’avons pas été emballés par les peintures de Eero Nelimarkka, un peintre Finlandais renommé. C’était tout marron et beige, Maxime le critique d’art a dit: « ça donne l’impression qu’il n’a pas trouvé son style ». Il y avait quand même des paysages, de ceux qu’on ne voit pas en France, couverts de neige et aux ciels pastels incroyables, qui font écho à ceux que nous avons vu cet hiver. Pour finir nous sommes retournés regarder quelques peintures d’Akseli Gallen-Kalela, Helene Schjerfbeck et Tove Jansson.

    Eero Nelimarkka, Paysage à Seinäjoki, 1962

    Au musée du design et de l’architecture, nous avons parfait notre culture du studio de design Aalto, essayé des sièges et vu une installation vidéo de l’artiste et chercheuse Ilona Sagar, traitant de la relation entre le corps et le bâtiment au sanatorium de Paimio. Le sanatorium et son mobilier a été conçu par le studio Aalto, entièrement pensé pour faciliter la vie des malades.

    Finlandia, d’Alvaar Aalto
    La librairie universitaire d’Alvaar Aalto

    Helsinki est toujours aussi jolie, c’était la troisième fois que nous venions, après l’automne et l’hiver, voici l’été. Les rues sont plus animées par les touristes, mais à 20h30 dimanche soir elles étaient très calmes. Quelques photos de nos promenades dans les rues, pour finir cet article.

    Oodi
    Sans commentaire
    Salakauppa
    Frais et dispos