Hier, Maxime revient du travail en disant: d’après un collègue, c’est un mois historique! Il y a eu six minutes de soleil à Helsinki et zéro à Tampere depuis un mois! L’avantage c’est qu’on nous a tellement dit que la période allait être horrible d’un point de vue luminosité et météo que tout nous paraissait normal.
Aujourd’hui, le 12, il a fait super beau, full time 5h30 de soleil avant qu’il ne se couche, autant dire qu’on a fait le plein pour les prochaines semaines.
Le bord du lac commence timidement à gelerLa chasse aux aurores boréales (mais encore bredouille)
Samedi dernier, le 6 décembre, on a décidé d’aller passer la journée à la plage d’Yyteri, réputée pour être LA plage de surf de Finlande. Ça doit être en été, parce que là, la mer était complètement plate.
C’était aussi le jour de la fête de l’indépendance, alors on a voulu allumer les deux bougies de l’indépendance sur la plage. La tradition est de les placer derrière sa fenêtre le soir, en regardant le Président et sa femme serrer la main des 2000 invités à la « Itsenäisyyspäivän vastaanotto » (« Cérémonie du jour de l’indépendance ») tout en commentant les tenues avant de regarder « Tuntematon Sotilas » (Le soldat inconnu, 1955). Vue la difficulté qu’on a eu pour allumer nos bougies sous la pluie et le vent, on comprend que ce ne soit pas devenu une tradition.
Un jouet de plage s’est d’ailleurs envolé dans la mer et a rapidement dérivé, je n’ai pas eu le temps d’enfiler mon maillot pour aller le récupérer. Oui, on avait emmené les maillots. Achille a bien été tenté d’y aller, mais à peine la double paire de chaussettes en laine retirée, le simple fait de poser les pieds sur le sable était si douloureux qu’il a abandonné l’idée. La soupe chaude du pique nique a été, pour une fois, bien accueillie par les enfants. Tout comme le chocolat chaud et la glace (qui devait paraître chaude par rapport à la température extérieure) qu’ils ont pris au centre des visiteurs de la plage à la fin de la promenade. J’exagère, il ne faisait pas si froid, la mer n’était même pas encore gelée.
Sinon, il a plu toute la journée, je pense qu’on peut dire qu’on était trempés. Heureusement que nos vêtements sont imperméables de la tête aux pieds.
La météo était donc relativement pourrie mais Pori ne l’était pas (hahaha), on a visité deux rues de nuit qui nous ont parues très jolies et le méga parc avec le bateau pirate, la structure Angry birds et des carillons de toutes les tailles qui étaient même accordés. En rentrant le soir, on a mis les bougies à la fenêtre et regardé le serrage de mains en commentant un peu les robes et les costumes. 🇫🇮🕯️🕯️🇫🇮
Le 21 novembre était le jour des enfants au travail (Lapset mukaan töihin päivä). Achille est donc venu à l’université avec moi (Maxime), à Hervanta, pour voir ce qu’est une journée de travail. Dans les faits on est loin d’une journée de travail normale car tout est fait pour rendre l’exercice ludique pour les enfants. À l’arrivée à l’université les enfants sont partout, circulant dans les couloirs avec leurs parents. Bizarrement il y a aussi plein d’étudiants qui dorment dans les couloirs sur des lits de fortune, ou codant affalés sur des fauteuils. Il y avait sans doute un marathon de code ou une game jam en cours. Le tout donne une ambiance un peu foutraque bien sympathique.
Le show d’accueil
A 9h, le doyen accueille les enfants et leurs parents. Il porte un sweat à capuche avec l’inscription « keep cool and let the University dean handle it » et nous attend dans un amphi avec deux laborantines en tenue. Après une longue intro en finnois où je reconnais poussivement yliopisto (fac), opetayat (profs) et opiskella (étudier), les intervenants distribuent des ballons de baudruche à l’auditoire et lui demandent de les gonfler. Tous les ballons sont ensuite lancés vers la scène et le doyen s’équipe de vêtements de protection, met son chapeau de docteur, chapeau dont je parlerai dans un prochain article, et passe des ballons de baudruche dans l’azote liquide. Ils se transforment en fines galettes gelées puis, en se réchauffant, reprennent leur forme originale sans exploser. L’effet Waou est excellent et l’auditoire est captivé. Le doyen verse alors de l’eau dans l’azote liquide, provoquant une nappe de nuage de vapeur qui se répand sur le sol.
Après cet accueil de 30 minutes, une visite en finnois de la fac est organisée mais nous n’allons rien comprendre donc nous filons dans mon bureau avec Achille car j’ai deux visios à suivre. Achille programme une carte microbit de son côté, pour faire des motifs sur un petit écran (merci pour le conseil Olivier). Nous allons ensuite au Konetalo (bâtiment des machines) pour une démonstration de robots : une tête parlante basée sur chatgpt avec un visage changeant rétro-éclairé, un tronc d’humanoïde (technologie française), et un robot spot américain de la taille d’un gros chien, qu’Achille peut piloter un moment. Les démos sont clairement à l’état de l’art, ce qui les rend particulièrement attrayantes. Nous déjeunons à la cantine puis repartons après le déjeuner pour que cela ne soit pas trop long pour Achille. À la cantine, l’employée à la caisse a sa fille sur ses genoux. Achille garde depuis un très bon souvenir de cette journée et a dit à notre départ de la fac que c’était le plus beau jour de sa vie, ce qui est significatif même si Achille utilise assez souvent cette expression. Comme souvent en Finlande, cette journée nationale montre que les enfants sont considérés comme des citoyens à part entière, et même un peu plus que cela, avec leurs vies, leurs avis et leurs envies, et que les accueillir à grande échelle dans le milieu professionnel mérite largement une petite perte temporaire de productivité.
Dans tous les toilettes, ou presque, il y a une douchette comme celle-ci. C’est un bidet avec l’utilisation qu’on lui connaît, mais je n’ai toujours pas résolu cette question brûlante: est-ce qu’on peut vraiment l’utiliser sans sortir trempé ? À part ça, c’est utilisé aussi pour nettoyer les fesses des bébés, dans un geste acrobatique en tenant le bébé comme tu peux sur un bras au-dessus de l’évier.
Les sculptures sont sous cloches depuis début novembre.
Les passages piétons principaux sont équipés d’un boîtier avec un schéma en braille et fait tac tac tac quand c’est vert.
À partir du mois de novembre, il est recommandé de mettre des pneus spéciaux pour le gel et la neige, on a opté pour les pneus à clou Michelin (cocorico et vive Clermont-Ferrand!). Ça fait un bruit de pneus crevés quand ils roulent, c’est assez déroutant.
Photo moche mais avec un chien habillé
Les chiens sortent en manteau depuis la fin du mois d’octobre.
Ce dernier week-end avant le mois de décembre marque la fin de notre quatrième mois en Finlande. Partageons cette banalité: le temps passe aussi vite en étant expatriés.
Nous avons entamé le week-end avec le marché de Noël de l’école. L’ambiance était très chaleureuse, chaque classe réserve ou non une table, sur laquelle sont exposées les choses à vendre, tant des jouets inutilisés, des objets fabriqués que des spécialités culinaires. L’argent récolté va ensuite dans la tirelire de la classe, et sert pour des achats ou sorties en extra de la vie scolaire. Par exemple, l’an passé tous les élèves de la classe sont allés manger une glace ensemble. On a acheté une couronne de porte et un pain typiquement finlandais, un « saaristolaisleipä », confectionné par une mamie d’élève. C’est un pain légèrement sucré qu’on trouve aux repas de Noël, préparé avec de la farine de seigle, de blé, du jus d’orange, du malt, du son de blé et du sirop de sucre noir qu’on ne trouve qu’ici. Il se mange avec du fromage cottage (« raejuusto »), du beurre, du saumon fumé… Tout à fait savoureux !
Nous avons mangé des nouilles en vitesse et tout laissé en plan, pas question de sortir après 13h30 si on veut avoir un peu de lumière (pas de soleil hein, juste de la lumière) étant donné que la nuit est là à 15h30. Nous sommes désormais dans le dur du sujet lumière : le jour se lève péniblement à 9h30, puis si le temps est nuageux, sans que ce soit obscur, il fait sombre, avec un pic de lumière semblable à une journée nuageuse d’hiver en Bretagne vers midi, pour ensuite décliner jusqu’à la nuit noire à 16h. Le corps a besoin de ralentir, on le sent, c’est comme se déplacer dans l’eau: on avance mais il y a une résistance. Mais il en faut plus pour nous arrêter, nous avons acheté des saucisses, emporté des allumettes et de la brioche, direction un petit-lac-dont-on peut-faire-le-tour.
Évidemment le temps de se préparer et d’acheter des saucisses il faisait déjà presque nuit. À 16h on a voulu allumer un feu pour griller nos saucisses. Il pleut et c’est très humide, il nous faut donc trouver de l’écorce de bouleau qui brûle en toutes circonstances. Nous voilà à essayer d’arracher des lambeaux à la force de nos petits doigts. Avec quelques petits morceaux et des bûches humides savamment disposées par-dessus, ça devrait marcher, me dis-je avec confiance. Il y a trente allumettes dans la boîte. Cinq craquées et le feu prend. Puis s’éteint. Maxime part chercher le couteau dans la voiture en courant pour couper du bouleau. Pendant ce temps, même si c’est difficile de bien viser pour arracher de l’écorce avec la lumière de la lampe dans les yeux que Solal dirige vers moi à grand peine et avec Achille qui demande « combien d’allumettes il te reste maman tu vas y arriver maman je pourrai avoir deux saucisses maman je vais me faire une torche maman », je parviens à avoir un peu plus de bouleau (comme si je n’en avais pas déjà assez du boulot, hahaha) et à réinstaller mes bûches tièdes. Un bon nombre d’allumettes y passe, crac pfuit éteinte, crac pfuit éteinte… Soudain il n’en reste qu’une seule. Dans un mélange de bravade et de fierté féministe, oui, j’ai craqué la dernière, parce que c’est moi qui allume le feu ici (non mais oh). Et le feu a pris, nous permettant de griller bien tranquillou nos saucisses qui pendouillaient au bout d’un bâton trop mou presque sans les brûler, et de repartir heureux pour une marche nocturne dans nos manteaux fumés.
Le lendemain on est allés voir un championnat de skate dans une friche industrielle, où il y a aussi des ateliers d’artistes et artisans, des muraux, des graffs, un manoir avec un café où se jouait un petit concert de musique de chambre et une belle vue sur Tampere. C’était une belle sortie éclectique de bobo à Hiedanranta pour cette fin de week-end.
Un mélange de quotidien comme celui de n’importe quelle famille, désormais bien organisé mais sans être trop rempli, ce qui est peut-être la grosse différence avec notre quotidien en Bretagne, et de découvertes propres à la Finlande.
Nous vous avions laissé sur la fonte de la première neige. Depuis, il a neigé à nouveau, suffisamment pour profiter de d’une belle journée de glissades en luge.
Puis la neige a encore fondu, la ville s’est transformée en patinoire géante, on est tous tombés au moins une fois sans rien se casser, quel talent. En ce lundi matin, 1er décembre, il pleut, le réchauffement climatique, n’en déplaise aux moins convaincus, est partout, en Finlande aussi il fait trop chaud même si globalement, notre impression est que c’est une préoccupation plutôt secondaire ici.
Photo de glögi non contractuelle, les enfants ont préféré un chocolat chaud bien gourmand 😁
On a bu notre premier « glögi, un jus de fruit chaud aux épices, agrémenté de raisins secs et d’amandes. Ça réchauffe après une journée de luge et ça réconforte quand le soleil se couche à 15h30.
Maxime a été très proactif de l’aurore boréale, l’application qu’il a installée lui envoie des notifications et il a vérifié la météo tous les matins. On a cru pouvoir en voir une un soir, et puis finalement l’indice KP est descendu. Il est possible d’en voir à Tampere, mais encore faut-il faut qu’il y ait eu une éruption solaire, qu’on soit au bord de la zone orange (il y a trois zones, verte orange et rouge selon le pourcentage de chance qu’il y ait une aurore boréale) et que le ciel soit dégagé.
Il y a eu la journée nationale école-travail, pendant laquelle les enfants peuvent se rendre au travail d’un de leurs parents plutôt qu’à l’école, qui a pour ambition de donner une meilleure idée du monde du travail dès l’entrée à l’école. Les enfants sont réellement bienvenus partout, tout était organisé pour les accueillir. Achille est allé à l’Université… Mais je laisse Maxime raconter cette expérience dans un prochain article 😉.
À suivre, la face B, nos sorties du dernier week-end de novembre.
Nonni. Nous avions tellement hâte d’avoir des congères dans les rues, qu’il semblerait que nous nous soyons emballés un peu vite sur la neige qui tombait à gros flocons. Deux jours après il ne reste plus grand chose, tout juste de quoi glisser, et si on tend bien l’oreille on peut vaguement entendre nos pas crisser dans les 2 mm de neige. Je partage quand même les photos de la promenade dominicale à pikku-ahvenisto.
EnthousiasmeEnthousiasme 2Scroutch ?En haut à droite, un coin public pour faire du feu et griller des trucs. Ça sent bon!
Comme souvent lors de nos promenades, on est tombés par hasard sur une jolie curiosité, ici la maison du garde forestier a été dessinée par l’architecte Paavo Uotila puis modifiée par Wivi Lönn, une architecte Finlandaise importante et la première femme à avoir eu sa propre agence en Finlande.