J’ai bien cherché quelque chose d’intelligent ou d’incroyable à raconter en ce 250ème jour en Finlande, mais que voulez vous, il faut croire qu’on vit toujours une vie plutôt banale de Français à l’étranger.

Le fait de vivre dans un autre pays nous enjoint à toujours aller vers la nouveauté, voir plus, pour avoir une vue la plus exhaustive possible du pays, et j’ai parfois l’impression qu’un « on » indéfini attend de nous d’en profiter un maximum, dans une course au paysage et à l’expérience. Cependant la majorité du temps, la vie ici est simplement la vie.

Entendez, réveil à 7h tous les matins mais levé fastidieux à 7h30, pour un départ à 8h. Puis pêle-mêle, selon les jours, l’école, le travail, les repas, les courses, le ménage, la piscine, les devoirs, le parc, les copains à droite à gauche.

De temps en temps il arrive qu’une interaction frustrante assombrisse un peu la journée, car c’est un semblant de petite conversation de tout et de rien (a-t-on une traduction de small talk en français ?), qui se passe en finnois, et à laquelle on ne comprend pas grand chose, et pour laquelle on n’ose pas trop dire à la fin qu’en fait « sorry I don’t speak finnish ». C’est comme si Madame Michu dans la rue vous disait: « il fait beau aujourd’hui, ça fait du bien, et puis j’aime bien voir vos enfants courir et jouer à chat », et qu’après avoir acquiescé vous lui disiez que vous n’avez pas compris (ou pire, vous lui répondez : « moi aussi j’aime la salade » par exemple). La spontanéité est perdue, alors souvent, je dis okay avec les yeux et je continue mon chemin. Voilà, parfois c’est ce qui fait la différence entre une journée ici, et une journée en France.

D’autres fois, la différence est plus grandiose, c’est admirer une aurore boréale, après des soirs et des soirs de chasse bredouille, c’est un sauna au feu de bois suivi d’un bain dans le lac glacé sous les étoiles et à la lueur des bougies avec quelqu’un qu’on aime (coucou maman!).

Ou c’est aussi un mail de la maîtresse après un petit incident, pour nous dire que le plus important est que notre enfant curieux et enthousiaste se sente bien, c’est pouvoir laisser ses affaires sur un banc au parc alors que vous êtes à l’opposé et être sûr de les retrouver, c’est la confiance simplement, en n’importe quelle personne.

Pour illustrer encore un peu plus cette histoire de confiance, Maxime m’a raconté une scène vécue dans le tram ce matin. Une vieille dame avec un déambulateur attend le tram. Personne ne lui parle, pas un regard. Puis le tram arrive. Tout le monde attend qu’elle entre d’abord, un monsieur la suit, lui déplie un siège sur lequel elle s’assoit. Sans un mot, sans une expression sur le visage. C’est un geste banal auquel n’est associé aucun chichi, merci n’est pas attendu, ni s’il te plaît. D’ailleurs « s’il te plaît » n’existe pas en finnois. Le fait que ce soit fait sans paroles ou sourire peut être légèrement déroutant pour nous, mais l’attention aux autres est réelle et spontanée.
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