La transition avec neige / sans neige s’est faite très rapidement, la pluie aidant. Les lacs fondent plus lentement, les plaques de glace font le bruit des glaçons dans l’apéro. Les feuilles n’ont pas encore refait leur apparition, ni les fleurs, mais il y a des bourgeons et des chatons aux branches. Les températures sont positives en journée (enfin 2°C, n’allez pas imaginer qu’il fait 15°C!) mais on nous a prévenu, il peut encore faire -10°C sans crier gare.
La lumière est quant à elle revenue très rapidement, aussi vite qu’elle avait disparu. En ce moment le soleil se lève à 6h15 et se couche à 19h, et il est vraiment là. Enfin sauf maintenant où il pleut et vente comme en Bretagne, si bien qu’on commence à se demander si Tampere ne serait pas à la Finlande ce que Rennes est à la France.
Nous revoilà ! Avec le vœu pieux de publier des nouvelles plus régulièrement. Nous sommes le 21 mars, le printemps est là, la neige est fondue, les lacs dégèlent…
Il y a trois semaines, nous sommes allés à Rovaniemi. Quand on est touriste, « Rovaniemi » veut dire « Laponie ». Mais pas du tout en fait. D’ailleurs on le savait en partant, mais on se disait qu’on allait sûrement pouvoir voir de beaux paysages enneigés, une aurore boréale et manger du renne malgré tout. Et puis il n’y a que 8h30 de voiture. Avant de partir, j’ai tenté de programmer un safari en chien de traineau ou un safari en motoneige. Face au prix (800€ pour quatre pour le chien de traineau et plus ou moins pareil pour la motoneige) on s’est dit qu’on ne tenait pas plus que ça à faire du promène coui… touriste.
Nous logions dans un appartement appelé « l’appartement du Père Noël », rien que ça. Le paillasson avait pourtant une image de pin-up sur une voiture, avec des formes ressemblant vaguement à des lettres, c’était un paillasson fait par IA. Les fenêtres immenses, et sans rideaux, stores ou volets, donnaient sur un bout de forêt dont les arbres enneigés tenaient déjà du conte de fée. Je précise sans rideau, parce qu’avec la neige et les éclairages de la ville, on y voit presque comme en plein jour en pleine nuit. Maxime a fait du télétravail toute la semaine, tantôt sur un fauteuil, tantôt sur une chaise contre un mur dans la chambre pendant que les enfants faisaient des saltos sur le canapé. Le dernier jour, il s’est délocalisé à la bibliothèque, chef d’oeuvre d’architecture d’Alvar Aalto (et son ordi est tombé en panne, il a dû le réinstaller entièrement).
Le lendemain de notre arrivée, il y avait un soleil et un ciel bleu azur magnifiques. Avec ma maman et les gars, on est partis faire une randonnée à trente minutes d’ici, trouvée grâce au site Luonton qui référence les sentiers de marche partout en Finlande. Nous on est super contentes et émerveillées du paysage qui ne ressemble à rien de ce qu’on a pu admirer de toute notre vie, avec quelques sapins à la fameuse forme de sucre d’orge. Achille et Solal ne sont quant à eux pas hyper emballés et correspondent parfaitement au stéréotype des enfants qui veulent tout faire sauf coopérer. Ils veulent manger / ah non en fait ils n’ont plus faim / c’est trop loin / c’est bientôt fini ? / casser la neige sur les sapins sucre d’orge / maman tire moi dans la luge / j’ai envie de faire pipi / mais c’est interminable on fait que des trucs pour les adultes. Ambiance.
On achève quand même la promenade par descendre toute, ou presque, la colline sur laquelle on est montés jusqu’à la tour d’observation, à la luge. Après il fallait faire les courses, alors on a visité le Prisma de Rovaniemi qui ressemble au Prisma de Tampere.
Le jour suivant, nous avons visité le musée de l’Arktikum, sur la vie, la faune et la flore de l’arctique. On y a passé trois heures, c’était un beau musée et les enfants ont accroché.
En fin de journée, Maxime nous a rejoint pour aller au village du Père Noël. Le fameux élément incontournable qu’on trouve dans tous les guides de Finlande et qui vend l’endroit comme un concentré de Laponie. On a fait la queue pour aller se faire prendre en photo avec Santa, tout en sachant que de toute manière on ne l’achèterait pas. Quoique vue la mine circonspecte de Solal sur tous les clichés, on a quand même hésité.
Où est Xi Jinping?Est-ce qu’on est radins à ce point? Oui.
On y est allés trente minutes avant la fermeture, on a attendu trente minutes dans le décors, tout en considérant le fait que ce décor est là pour faire patienter les centaines de personnes en file qui doivent s’amasser là tous les jours. On s’est photographié sur la ligne du cercle polaire. Les enfants ont aimé voir le Père Noël qui parlait même français et qui a fait une blague quand il a entendu qu’on venait de Rennes : « ah oui il y a beaucoup de rennes ici aussi ». Mais très franchement, on a vite pris nos jambes à notre cou pour fuir ce village en carton. Le cercle polaire ne passe même pas là. Achille est en train de lire derrière mon épaule et s’offusque que j’écrive ça, il me dit « c’était bien, maman n’a pas raison c’est pas un village de carton, c’était super, il y avait beaucoup de neige, j’ai aimé la maison du père Noël qui était très grande et très belle, l’intérieur avec la construction des cadeaux, et c’était quand même extraordinaire de voir le Père Noël en vrai ». On est d’accord mon fils vient de moucher toute l’ironie dont je faisais preuve.
Le vrai Père Noël
Un autre jour on est allés tester un lounas (c’est le terme qui désigne le déjeuner pris en mode buffet en Finlande, et qui est très répandu). On a goûté une soupe typique d’ici « Lapin Ukon keitto ». Contrairement à ce qu’on pourrait penser ce n’est pas avec du lapin (Lapin désignant la Laponie) mais avec de la viande de renne émincée en morceaux très fin et du fromage. C’était très bon.
Le soir, nous sommes allés griller des saucisses dans la forêt en pleine nuit. Marcher dans l’obscurité et dans le silence était un moment à la fois un peu effrayant -qui n’a pas peur des bêtes féroces tapies dans le noir ?- et magique. Après notre festin, nous avons attendu une aurore boréale. J’avais écrit « les » puis je me suis ravisée, une ce serait déjà bien. Derrière les nuages, nous avons clairement distingué du rose qui est apparu puis a disparu. Ce n’était pas un réverbère, ni le phare d’une voiture, maintenant on sait les reconnaître. Donc voilà, on peut cocher la case « voir une aurore boréale en Laponie ». Je passe la partie où après ça, on a roulé encore deux heures pour tenter d’en voir une mieux, ou quand on a réessayé le lendemain, et qu’il y a bien eu des aurores boréales, mais après notre retour, quand on dormait.
Phares de voiture
Cette semaine à Rovaniemi était aussi l’occasion de visiter la ville, qui est plus petite mais assez similaire à Tampere dans son architecture. Rovaniemi a été détruite pendant la seconde guerre mondiale. Alvar Aalto avait proposé un plan en forme de tête de renne pour la reconstruction, et on peut en distinguer les contours quand on regarde une carte.
Aalto y a conçu des maisons, des immeubles et grand centre qui rassemble plusieurs bâtiments avec la bibliothèque, un théâtre et la mairie. Nous sommes allés à la bibliothèque, les enfants ne voulaient plus en partir, pas parce qu’il y a des jeux, non les livres suffisent, mais aussi sûrement parce que les matériaux, l’agencement et la lumière, font qu’on s’y sent bien.
Pour finir la journée, nous sommes allés au musée d’art de Korundi, où nous avons vu une exposition de peintures et participé à un atelier de laine cardée.
L’avant dernier jour, nous avons fait une dernière promenade dans la nature. Avec la neige qui fond, les arbres ont perdu leur manteau, le paysage change. Au milieu de la randonnée, il y avait des feux déjà allumés, l’occasion de griller quelques chamallows glissés dans le sac au cas où. Un geai de Sibérie nous a rendu visite, en prélude de la visite au zoo de Ranua prévue pour le lendemain.
Le zoo est à une heure de Rovaniemi, mais vaut le détour, les animaux ne sont pas ceux qu’on rencontre dans les zoos français : ours blancs, rennes, élans, chouettes et hiboux, castors, renards polaires… On a vu les loups s’accoupler, ils restent coincés par l’arrière-train plusieurs minutes pour augmenter les chances de fécondations. C’était incroyable.
Le retour vers Tampere s’est fait le lendemain, sous le soleil, avec un crochet par le bord de la Baltique. La mer était gelées, et il y avait de nombreux pêcheurs dessus.
Avant de raconter notre semaine à Rovaniemi, je fais un petit retour d’expérience gustative que nous venons d’avoir. À l’approche de Pâques, les magasins se sont remplis de décorations, de chocolats et de mämmi. On sent que c’est une fête attendue et importante ici, presque comme Noël.
On a donc acheté un mämmi au supermarché, pour tester ce dessert servi à l’origine le vendredi saint.
L’aspect donne l’impression qu’on va manger du flan au chocolat, ça sent plutôt bon. Avant de se lancer dans cette dégustation il a fallut faire des recherches pour savoir comment manger le mämmi: chaud, froid, à même la boîte…
On se le sert froid avec de la crème fouettée (ou « crème sans goût » selon l’appellation de ma soeur qui a vécu en Suède) et du sucre. Mais ça marche aussi avec de la crème liquide, du lait ou de la glace à la vanille.
Devant notre bol de kloug, euh pardon, de mämmi, les réactions sont diverses:
Maxime : Moi j’attends que vous goûtiez. Achille: ça sent le pain. Florence : c’est étonnant. Clémentine : ça a presque goût de chocolat. Solal : j’aime pas.
La consistance est la même que celle de la crème de marron, quoiqu’un peu plus collante, le goût est boisé sucré salé léger, légèrement acide. C’est pas si mal, c’est un goût qu’on ne connaît pas, on a goûté mais je crois que notre amour du mämmi s’arrêtera là…
Cette petite chose bien croustillante était cependant fort gourmande, il s’agit d’un tippaleipä, ou beignet du 1er mai (quoi, déjà !?)
Cette semaine c’étaient les vacances scolaires pour les enfants et Maxime, nous avons eu de la visite. Compte rendu rapide d’une semaine magnifique de promenades, sous tous les temps ; ciel bleu azur, ciel nuageux, neige, pluie et qui se sont toutes finies par un sauna dans la location ou au bord du lac.
Un petit gâteau d’ici pour accueillir nos visiteurs, le mokkapalat
Dimanche en patins sur le lac, grillage de saucisses et sauna à la bonne franquette à Rauhaniemi.
Lundi traversée du lac d’une rive à l’autre, plus de 10km de marche et de patinage pour certains, en partant par Kartano et le skate parc enneigé qui est devenu un parcours de skate-luge.
Mardi Pispala et ses maisons colorées, Pyynikki, munkki, et luge à tous les coins de chemins.
Mercredi parc national d’Helvetinjärvi, où l’on entre par la porte qui mène à l’enfer et où on a bien cru avoir perdu un enfant pendant un quart d’heure.
Jeudi ski de fond pour les uns et promenade à Tampere pour les autres.
Vendredi musée Moomin et sauna Kaupinoja au lac ou à l’appartement, selon la préférence.
Samedi SNIF, ils rentrent dans leurs pénates en France.
Avec un stock de bonbons Moomin et de chocolat Marabout dans les valises
Mais on garde encore un peu ma maman, avec qui nous sommes sur la route pour Rovaniemi. D’ailleurs, photo de Solal qui joue avec le trou dans sa chaussette tandis que j’écris cet article dans la voiture:
Un petit oh la la! bien français pour le temps qui passe, car c’est une évidence, on a largement dépassé la moitié de notre vie finlandaise. Pour fêter ce 210e jour, quelques délices finlandais qu’on a goûtés. Et toc Chirac, oui, la Finlande a aussi ses spécialités culinaires savoureuses. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, tapez « Jacques Chirac Finlande », internet sait.
J’avais déjà évoqué les « munkkit », les beignets à la cardamome, le « saaristolaisleipä », le pain qui est fait à Noël ou la « riisipiirakka », tartelette de farine de seigle et de riz.
Avant la cuisson
À Noël on prépare des « pipparkakkut », ce sont des biscuits pains d’épice.
Après la cuisson
On prépare la pâte avec ce « sirop noir », qui est un sirop de sucre salé. C’est surprenant à goûter (lire: j’ai fait une tête de bébé qui goûte du citron pour la première fois quand j’ai léché la goutte sur mon doigt).
Une autre spécialité de Noël la « joulutorttu » une tartelette à la confiture de prune, aussi appelée « étoile de Noël ».
Les munkkit du café de Pyynikki seraient les meilleurs de toute la Finlande.
La « lohikeito », soupe de saumon crémeuse et la bière « karhu » qui est faite à Pori.
La « laskiaispulla », la brioche du mardi gras, est une brioche à la cardamome fourrée avec une crème d’amande ou de la confiture et de la crème fouettée.
Le « Runebergintorttu » est un gâteau qu’on trouve en janvier et février, fait en l’honneur de Johan Ludvig Runeberg, éminent poète Finlandais qui a écrit notamment l’hymne national. C’est un gâteau à l’amande, avec de la confiture de framboise et du glaçage au sucre au-dessus, qui aurait été le gâteau préféré du poète.
Ma maman est arrivée il y a une semaine, et c’est très chouette de l’accueillir ici en vacances, en ayant déjà tous nos repères. On sait où aller pour prendre le train depuis l’aéroport, on sait comment fonctionnent les transports en commun, comment s’habiller quand il fait -25°C…
De ce fait, c’est un peu moins l’aventure pour elle, alors on lui a quand même fait le coup de la panne de voiture pour que ce soit plus rigolo. Achille avait son premier tournoi de basket dimanche dernier, il fallait arriver à 13h45 à l’autre bout de la ville pour le premier match à 14h. À 13h15 je suis descendue pour chauffer la voiture et là : wouwouwou (c’est dur d’écrire le bruit de la voiture qui ne démarre pas). Rien. Re wouwouwou. Rien. Puis wou. Et noir total de l’écran de bord.
Branle-bas de combat, vite, vite, il faut prendre le tramway pour arriver à l’heure. Ce qu’on a fait très facilement, avec tout de même quelques sueurs froides bien dissimulées par ma doudoune, surtout quand Maxime m’a dit que « l’important c’est d’essayer au maximum deux fois de mettre en route le moteur, parce qu’après ça peut casser ». Oh j’ai essayé 2 ou 3 fois (ou plutôt 6 ou 7 oui).
Il a fallut réfléchir à des plans A-B-C-D-W pour le cas où ce serait la batterie, le démarreur, les deux en même temps ou je ne sais quoi. Surtout qu’une semaine après, on se délocalisera à Nokia avec toute la bande, puis qu’ensuite on part à Rovaniemi en voiture. Finalement, le lendemain il faisait plus chaud, ou moins froid c’est selon, puisqu’il faisait -5°C, et la voiture a démarré. Maxime a rendu visite à son garagiste préféré qui a changé la batterie pour la modique somme de 260€ (c’est pour dire que ça coûte pareil qu’en France). L’ampoule du phare avant était grillée, on a oublié de demander de la changer, alors c’est moi qui l’ai fait, et je me sens si forte que j’envisage une reconversion en tant que mécanicienne automobile. Je rigole, je me sens tout aussi compétente quand je désamorce une crise d’opposition tout en chantant une souris verte et en observant un bébé qui escalade des blocs en mousse.
Achille a super bien joué ses trois matchs, on était si fiers de le voir se démarquer, faire des passes à ses coéquipiers, tirer et marquer. Il fait du basket deux fois dans la semaine, ça fait partie des très nombreuses activités gratuites auxquelles tous les enfants peuvent s’inscrire après l’école, et là, c’est avec YMCA. J’ai la chanson dans la tête à chaque fois que je l’emmène, et les cours sont précis et amusants, même si les coachs ne sont pas déguisés.
Le dimanche on a accompagné Solal à une fête d’anniversaire en plein air, il ne faisait plus les -25°C au soleil du vendredi précédent, il faisait plus chaud ou moins froid, encore une fois je ne sais plus dans quel sens prendre la température. Les enfants ont mangé leurs cupcakes à la myrtille, bonbons, chocolat chaud et mini-brochettes de fromage et de fruits assis dans la neige. Ils sont si bien équipés que, mis à part les adultes qui sautent sur place pour éviter de perdre un orteil, c’est à peu de choses près, pareil que si c’était l’été. On a chanté « joyeux anniversaire » en finnois, en français et en ukrainien, et c’est toujours émouvant de partager ces moments-là.
Et puis pour finir, la semaine s’est déroulée sous le signe des promenades pour faire découvrir la ville, le lac gelé, la piscine, les munkki, notre rythme de vie et, il faut savoir s’envoyer des fleurs, mes super-pouvoirs de maman qui jongle entre autres avec les humeurs des enfants qui préfèreraient aller glandouiller à l’appartement plutôt que de finir la journée à faire de la luge dans un parc (les pauvres).